Revenus des médecins libéraux : analyse et chiffres clés

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Entre revalorisations tarifaires, diversification des modes d’exercice et disparités selon les disciplines, le modèle économique de la médecine libérale en France est en pleine mutation. En s’appuyant sur les données chiffrées, cet article dresse un état des lieux de la rémunération des médecins, leur décomposition ainsi que l’impact des secteurs de conventionnement et des zones d’activité.
Secteur 1, Secteur 2 et exercice mixte : les choix structurels des médecins
Une analyse des données de la Drees révèle une structuration bien distincte de la médecine libérale, tant au niveau du conventionnement tarifaire qu’au niveau des modes d’exercice.
Concernant les secteurs d’exercice des médecins libéraux, la grande majorité de l’ensemble des praticiens (73 %) choisit le secteur 1, un chiffre massivement porté par les médecins généralistes, qui y adhèrent à 95 %. À l’inverse, les médecins spécialistes exercent majoritairement en secteur 2 (52 %), une tendance qui culmine au sein des spécialités chirurgicales, dont 83 % pratiquent à honoraires libres, tandis que les spécialistes du plateau médico-technique restent majoritairement en secteur 1 (75 %).
Secteurs d’exercice des médecins libéraux en 2021 (source Drees)
Parallèlement, l’étude des modes d’exercice démontre une nette préférence pour l’activité libérale exclusive, qui concerne 69 % de l’ensemble des médecins. Cette prédominance se vérifie de manière homogène dans toutes les catégories, oscillant entre 64 % pour les spécialités médicales et 75 % pour le plateau médico-technique. Les professionnels restants font le choix d’une activité mixte (combinant exercice libéral et salarié), représentant environ un tiers des effectifs (31 % au global).
Modes d’exercice des médecins libéraux en 2021 (source Drees)
Part du salariat et décomposition des honoraires
L’analyse des sources de revenus des médecins libéraux met en évidence une écrasante prédominance du revenu libéral par rapport au revenu salarié.
Pour l’ensemble des médecins, les honoraires issus de l’activité libérale représentent 93 % de leurs sources de gains, contre seulement 8 % pour les activités salariées. Cette dépendance aux revenus libéraux est particulièrement marquée chez les médecins généralistes, pour qui elle atteint 95 %. Du côté des médecins spécialistes, la structure globale reste très similaire avec 91 % de revenus libéraux et 9 % de revenus salariés. En affinant par discipline, on observe que les chirurgiens sont ceux qui s’appuient le plus sur le salariat (à hauteur de 12 %), suivis de près par les spécialités médicales avec 10 %.
Source de revenus des médecins libéraux en 2021 (source Drees)
Lorsque l’on plonge au cœur des honoraires libéraux, la structure des revenus diverge radicalement selon la spécialité du praticien :
- Pour les généralistes, le modèle économique repose massivement sur l’acte clinique direct : leurs honoraires proviennent essentiellement des consultations (72%) et à un degré moindre des différentes rémunérations forfaitaires (11%).
- Pour les spécialistes, c’est l’inverse, leur structure repose principalement sur la technicité : leurs revenus émanent majoritairement des actes techniques (57%). Les dépassements d’honoraires y occupent également une place majeure à hauteur de 18 %, devançant légèrement les consultations cliniques pures (17 %).
Moyenne des revenus en médecine libérale
Selon la Carmf, les revenus des médecins libéraux ont atteint en moyenne près de 128 mille euros en 2024. Ceux des généralistes avoisinent les 97 mille euros tandis que les médecins spécialistes gagnent en moyenne un peu plus de 160 mille euros.
| Face à la diversification des modes de rémunération des médecins, le bénéfice non commercial (BNC) ne reflète plus pleinement leurs revenus. La CARMF privilégie désormais le revenu net d’activité indépendante (RNAI), un indicateur plus complet qui intègre l’ensemble des revenus professionnels et offre une vision plus fidèle de leur évolution.
RNAI = BNC + revenus de gérance + primes Madelin |
Classement des revenus par spécialité : de fortes disparités
Les chiffres dévoilés par la Carmf mettent en évidence de fortes disparités selon les spécialités. Certaines disciplines, comme la cancérologie, la médecine nucléaire, l’anesthésie-réanimation, l’ophtalmologie ou l’anatomie cytologie pathologiques affichent des revenus nettement plus élevés qui dépassent les 200 mille euros, tandis que d’autres spécialités, telles que la médecine d’urgence, l’endocrinologie, la gynécologie médicale ou la gériatrie se situent à des niveaux plus modestes.
RNAI* moyen 2024 des médecins libéraux (Source Carmf)
Les revenus des médecins généralistes varient fortement selon les régions
Les revenus des médecins généralistes libéraux présentent d’importantes disparités selon les territoires. D’après les données recueillies par l’Union Nationale des Associations Agréées (UNASA) auprès de plusieurs Organismes de Gestion Agréés (AGA), le bénéfice non commercial (BNC) moyen atteint 121 094 € dans les DROM et 120 508 € en Corse, contre 78 800 € dans les Pays de la Loire.
BNC 2023 des médecins généralistes libéraux par région
(source : UNASA)
Ces écarts s’expliquent par plusieurs facteurs. En premier lieu, la densité médicale joue un rôle majeur : dans les territoires où les médecins sont moins nombreux, chaque praticien suit généralement une patientèle plus importante, ce qui augmente son volume d’activité. Les caractéristiques démographiques influencent également les revenus : le vieillissement de la population ou la prévalence de certaines pathologies entraînent une demande de soins plus élevée. À cela s’ajoutent les différences de coût d’exercice (loyers, salaires des secrétaires, charges professionnelles) qui viennent éroder le taux de marge nette des praticiens. Enfin, les revenus varient aussi selon la structure de l’activité médicale : part des consultations longues, suivi des affections de longue durée, réalisation d’actes techniques, participation à la permanence des soins, ou encore les rémunérations complémentaires versées dans le cadre des forfaits et de la ROSP.
Ainsi, les écarts de revenus entre régions ne traduisent pas uniquement des différences de tarifs ou de niveau d’activité. Ils reflètent avant tout les spécificités démographiques, économiques et organisationnelles de chaque territoire, ainsi que l’équilibre local entre l’offre et la demande de soins.
Évolution des honoraires : les revenus des médecins en hausse
Toujours selon les données de la Carmf, les revenus 2024 des 111 386 médecins libéraux sont en hausse de 5,3% par rapport à 2023.
Cette tendance à la hausse est particulièrement marquée chez les médecins généralistes qui voient leur RNAI moyen augmenter de 8,7%, contre « seulement » 3,1% de hausse chez leurs confrères spécialistes.
Dans le détail, les hausses les plus marquantes sont enregistrés auprès des cancérologues (+11,8%), des généralistes (+8,7%) et des spécialistes de l’anatomie cytologie pathologiques (+7,5%). Les biologistes médicaux (-6,9%) et les stomatologues (-1,5%) sont les seules spécialités qui ont enregistré des baisses de leurs revenus.
NB : La forte hausse des revenus des généralistes est très probablement liée à la revalorisation du G de 1,50 € (de 25 à 26,50 € depuis novembre 2023). Aussi, ce tarif de consultation de référence des médecins généralistes est passé à 30 € en décembre 2024.
Variation du RNAI moyen entre 2024 et 2023
(source : CARMF)
Le revenu d’un médecin remplaçant
Avant d’aborder le revu d’un médecin remplaçant, quid de leurs effectifs ?
Les données du Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM) montrent que le nombre de médecins remplaçants est en forte progression depuis plusieurs années. Après une période de relative stabilité au début des années 2010, leurs effectifs sont passés de 9 106 en 2016 à 12 894 en 2023, tandis que leur part dans l’ensemble des médecins est passée de 4,2 % à 5,5 %.
Évolution de l’effectif et du poids des médecins remplaçants
(source : CNOM)
Cette dynamique est encore plus marquée chez les nouveaux inscrits à l’Ordre : en 2023, plus d’un médecin primo-inscrit sur quatre (27,4 %) choisit d’exercer comme remplaçant, contre 21,5 % en 2010. Cette évolution traduit un changement des aspirations des jeunes médecins, qui privilégient davantage la flexibilité, la découverte de différents modes d’exercice, une meilleure conciliation entre vie professionnelle et vie personnelle, ainsi qu’une prise de risque limitée avant une éventuelle installation.
Part des médecins remplaçants primo-inscrits sur l’ensemble des médecins primo-inscrits
(source : CNOM)
L’évolution des revenus des médecins remplaçants met en évidence une hausse significative et quasi-continue au cours de la dernière décennie. Selon les données de l’UNASA, le bénéfice non commercial moyen est passé de 38 862 € en 2010 à 62 158 € en 2023, soit une progression de près de 60 %.
Évolution du BNC des médecins remplaçants
(source : UNASA)
Cette évolution s’explique notamment par la forte demande de remplacements, liée aux tensions démographiques de la profession, au vieillissement des médecins installés et aux difficultés de recrutement dans de nombreux territoires. Dans ce contexte, le statut de médecin remplaçant offre de nombreuses opportunités d’exercice et permet souvent de bénéficier d’une activité soutenue, contribuant ainsi à la progression des revenus observée ces dernières années.
En définitive, il n’existe pas un revenu unique des médecins libéraux en France. Celui-ci varie selon la spécialité, le secteur de conventionnement, la région d’exercice, le mode d’activité ou encore le statut (installé ou remplaçant). Si les revenus des médecins connaissent une progression globale ces dernières années, les écarts entre praticiens demeurent importants. Pour bien comprendre combien gagne un médecin libéral, il est donc indispensable d’analyser l’ensemble de ces facteurs plutôt que de se limiter à une moyenne nationale.
À retenir — 6 points clés sur les revenus des médecins libéraux
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Sources :
- Caisse Autonome de Retraite des Médecins de France (CARMF)
- Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees)
- Sécurité sociale
- UNASA
Publié le 17/08/2026