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Cumul emploi-retraite du médecin : comment optimiser votre fin de carrière ?

 

CUMUL EMPLOI RETRAITE DOCTEUR GPM

Temps de lecture : 10 min

 

En France, près de 13 500 médecins libéraux sont aujourd’hui en situation de cumul emploi-retraite, selon les chiffres de la CARMF — dont 43 % de généralistes et 57 % de spécialistes. Ce dispositif permet de percevoir ses pensions tout en continuant à exercer, mais il obéit à des règles précises qu’il est indispensable de maîtriser pour éviter toute suspension de pension ou pénalité administrative.

 

Qu’est-ce que le cumul emploi-retraite pour un médecin ?

Le principe général : une opportunité pour les professionnels de santé

Le cumul emploi-retraite (CER) autorise un médecin à percevoir simultanément une ou plusieurs pensions de retraite et des revenus d’activité. Pour un praticien libéral affilié à la CARMF (Caisse Autonome de Retraite des Médecins de France), ce dispositif est encadré par les trois régimes obligatoires de la caisse : le régime de base, le régime complémentaire vieillesse et le régime ASV (Allocation Supplémentaire de Vieillesse).

Il existe deux formes de cumul : le cumul intégral, sans limitation de revenus, et le cumul plafonné, soumis à un seuil de revenus à ne pas dépasser. L’accès à l’un ou l’autre dépend de la situation personnelle du médecin au moment de la liquidation de ses droits.

 

Distinction entre activité libérale, salariat et exercice mixte

Un médecin retraité qui exerce à titre libéral reste affilié à la CARMF, même en situation de cumul. Les règles décrites dans cet article s’appliquent à cet exercice. En revanche, s’il exerce en tant que salarié (hôpital privé ou public, établissement de soins…), il relève du régime général (CNAV) et des règles propres à ce régime, distinctes de celles de la CARMF. Un exercice mixte (libéral + salarié) implique de maîtriser les deux dispositifs en parallèle.

 

Pourquoi choisir ce dispositif : maintenir une activité, transmettre ou augmenter ses revenus

Les motivations des médecins qui optent pour le CER sont multiples :

Le CER constitue donc un levier stratégique de fin de carrière, à condition de bien anticiper ses implications administratives, fiscales et en matière de protection sociale.

 

Les conditions d’accès au cumul emploi-retraite médical

Le cumul emploi-retraite intégral : les critères d’éligibilité pour un taux plein

Conditions d’âge légal et de trimestres validés

Le cumul intégral permet d’exercer sans aucune limitation de revenus. Pour en bénéficier, le médecin doit remplir l’une des deux conditions suivantes, conformément au guide CARMF 2026 :

Attention : Les bénéficiaires d’une retraite anticipée (carrière longue, handicap, ancien combattant, parent de 3 enfants ayant réduit son activité) sont exclus du cumul intégral.

L’obligation de liquidation de toutes les pensions auprès de chaque régime obligatoire

La seconde condition est incontournable : le médecin doit avoir liquidé l’ensemble de ses pensions de retraite personnelles auprès de tous les régimes obligatoires auxquels il a été affilié — régimes de base et complémentaires, français et étrangers. L’estimation indicative globale reçue de l’Union Retraite (accessible sur www.info-retraite.fr) permet d’identifier tous les organismes concernés.
La liquidation de la première pension de vieillesse est irréversible et définitive. Il est donc essentiel de mesurer cet engagement avant de déclencher la procédure.

 

Le cumul emploi-retraite plafonné : fonctionnement et plafond de revenu requis

Si l’une des deux conditions du cumul intégral n’est pas remplie — par exemple si le médecin n’a pas le taux plein ou n’a pas liquidé l’ensemble de ses régimes — le cumul s’exerce sous plafond.

Le plafond est fixé à 1 PASS (Plafond Annuel de la Sécurité Sociale), soit 48 060 € nets en 2026. Si les revenus d’activité dépassent ce seuil, le versement de la retraite est suspendu à hauteur du dépassement. Une surveillance régulière des revenus est donc indispensable.

Exceptions au plafonnement : Certains revenus ne sont pas soumis à limitation : la participation à la permanence des soins, les activités juridictionnelles (comme les expertises judiciaires), artistiques, littéraires, scientifiques ou consultatives (sous conditions). Les médecins exerçant en zone sous-dense (définie par décret de l’ARS) ne sont également pas soumis au respect de ce plafond.

 

Les démarches et formalités obligatoires pour le médecin retraité actif

La déclaration de reprise d’activité auprès de la CARMF et des caisses de retraite

En cas de reprise d’activité libérale après la liquidation, le médecin doit avertir la CARMF qui lui adresse un formulaire de déclaration d’activité à retourner dans les 30 jours suivant la reprise. Ce document déclenche la réaffiliation aux régimes de base, complémentaire et, le cas échéant, ASV.

En cas de cumul intégral, une déclaration sur l’honneur mentionnant tous les organismes ayant liquidé les droits doit être transmise. Sans ce document dans le délai d’un mois, une pénalité sera appliquée.

Il faut également adresser à la CARMF un avis d’impôt avant le 31 décembre de l’année suivant la reprise ou la poursuite d’activité.

À savoir : En cas de maintien de l’activité (sans cesser l’exercice préalable), la démarche se fait par courrier ou via l’espace personnel eCARMF en précisant le maintien de l’activité libérale au moment de la demande de retraite.

 

Informer le Conseil National de l’Ordre des Médecins (CNOM)

Le médecin doit obligatoirement prévenir le Conseil départemental de l’Ordre des médecins de sa demande de retraite et du maintien d’une activité libérale. Pour exercer en cumul et continuer à soigner des patients, il doit rester inscrit au tableau de l’Ordre en qualité de « médecin retraité actif ».

Un médecin retraité inscrit au tableau conserve le droit de prescrire et de soigner. S’il est radié, toute prescription — y compris à titre gratuit pour lui-même ou ses proches — devient interdite.

 

Les formalités administratives auprès de l’URSSAF et de la Sécurité sociale

La reprise d’activité implique d’effectuer toutes les démarches habituelles auprès des organismes concernés : URSSAF, caisses d’assurance maladie (CPAM pour la convention médicale), et de vérifier auprès de chaque autre régime les conditions de poursuite d’activité.

La déclaration des revenus et le paiement des cotisations sont désormais obligatoirement dématérialisés. La déclaration s’effectue sur impots.gouv.fr et les paiements sont réalisés via l’espace eCARMF (prélèvements mensuels ou TIPS€PA — les chèques ne sont plus acceptés).

 

L’assurance Responsabilité Civile Professionnelle (RCP) : une obligation incontournable

Le maintien d’une assurance RCP est obligatoire dès lors que le médecin exerce, même à temps partiel. La CARMF déconseille formellement de laisser expirer son contrat lors de la liquidation si une reprise est envisagée à court terme : la souscription d’un nouveau contrat en qualité de médecin retraité actif entraîne une augmentation considérable de la prime d’assurance, les assureurs présumant un risque accru lié à l’âge.

 

Impact du cumul sur les cotisations sociales et la retraite des médecins

Quelles sont les cotisations CARMF dues (régime de base, complémentaire et ASV) ?

En cumul, le médecin cotise aux trois régimes CARMF, mais cesse de cotiser au régime invalidité-décès. Les taux 2026 (pour un secteur 1) sont les suivants :

Pour des revenus de 80 000 €, le total des cotisations s’élève ainsi à 16 908 € en secteur 1 et 24 083 € en secteur 2 (source : guide CARMF 2026). Ces cotisations sont déductibles fiscalement dans les mêmes conditions qu’avant la retraite.

Important : En cumul, la couverture invalidité-décès de la CARMF cesse. En cas d’arrêt de travail, des indemnités journalières peuvent être versées par la CPAM du 4e au 60e jour (règles spécifiques CPAM, distinctes de celles de la CARMF). Au-delà de 60 jours, aucune couverture n’est prévue par la CARMF. Une garantie complémentaire privée prend alors tout son sens.

 

L’acquisition de nouveaux droits à la retraite depuis la réforme : ce qui change

Depuis le 1er janvier 2023, les médecins en cumul intégral peuvent à nouveau acquérir des droits au régime de base en contrepartie de leurs cotisations. Ces droits sont plafonnés à 5 % du PASS, soit environ 2 403 € de pension annuelle supplémentaire maximum (avec le PASS 2026 fixé à 48 060 €).

Exemple : un médecin avec 80 000 € de revenus acquiert environ 374 € bruts de retraite de base supplémentaire par an. Il lui faudra environ 6 ans de cumul pour atteindre le plafond. Ces droits font l’objet d’une seconde liquidation (sans majoration) demandée sur info-retraite.fr. Passé cette liquidation, aucune nouvelle acquisition de droits n’est possible.

Pour le régime complémentaire CARMF, l’acquisition de points sera possible dès 2027 et les premières liquidations envisageables à partir de 2028, sous réserve de validation étatique. Le régime ASV reste pour l’instant non attributif de droits.

 

Les cotisations sociales hors retraite et l’imposition des revenus cumulés

Depuis la déclaration des revenus 2025, l’assiette sociale a été unifiée : les cotisations sociales sont désormais calculées sur les revenus bruts diminués des charges d’exploitation, sans déduction des cotisations sociales elles-mêmes, puis un abattement forfaitaire est appliqué. Cette réforme vise à augmenter la part contributive des prélèvements et d’améliorer les droits retraite des indépendants.

Sur le plan fiscal, les revenus d’activité s’ajoutent aux pensions perçues et sont imposés à l’impôt sur le revenu selon le barème progressif. Il est conseillé d’anticiper l’impact de ce cumul sur la tranche marginale d’imposition.

 

Incitations financières et avantages spécifiques pour les médecins

L’exonération de cotisations pour l’exercice en zone de désert médical

La LFSS 2025 (article 6, loi n° 2025-199 du 28 février 2025) a instauré, pour les revenus 2025 uniquement, une exonération des cotisations retraite pour les médecins en cumul intégral exerçant en ZIP, dans la limite de 70 000 € de revenus annuels (décret n° 2025-810 du 14 août 2025). Les périodes bénéficiant de cette exonération n’ouvrent aucun droit à l’acquisition de nouveaux droits à retraite en vue d’une seconde liquidation. La cartographie des ZIP est disponible sur les sites des agences régionales de santé.

Cette mesure vise à lutter contre la désertification médicale dans un contexte où 31 % des médecins en activité ont 60 ans ou plus (CNOM, atlas 2023).

Cette mesure n’a pas été reconduite.

 

Aménagement du temps de travail : les solutions de remplacement et d’exercice en groupe

Le médecin en cumul peut exercer à temps partiel, adopter un statut de remplaçant ou s’intégrer dans une structure collective (maison de santé pluriprofessionnelle, cabinet de groupe). Ces modes d’exercice lui permettent de moduler son activité sans dépasser les seuils de revenus et de conserver un équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.

En cas de remplacement, si les honoraires bruts n’excèdent pas 19 000 €/an, une offre simplifiée est disponible via le téléservice médecinsremplacants.urssaf.fr. L’URSSAF recouvre alors l’ensemble des charges sociales, y compris les cotisations CARMF.

 

Stratégies d’optimisation fiscale et erreurs fréquentes à éviter

Comment optimiser ses revenus et anticiper la fiscalité en fin de carrière ?

Plusieurs leviers permettent d’optimiser la situation d’un médecin en cumul :

 

Les pièges administratifs et les retards de déclaration à anticiper

Les erreurs les plus fréquentes observées sont les suivantes :

 

Questions fréquentes sur le cumul emploi-retraite des médecins

Un médecin à la retraite peut-il continuer à prescrire et soigner ?

Oui, à condition de rester inscrit au tableau de l’Ordre des médecins.

Un médecin retraité actif inscrit au tableau de l’Ordre dans ce statut peut continuer à soigner et à prescrire dans le cadre du cumul emploi-retraite, sous réserve de maintenir son assurance RCP.

Un médecin retraité non actif, s’il reste inscrit au tableau de l’Ordre (article R4127-1 du Code de la santé publique), n’est pas soumis à une interdiction de prescrire. Le CNOM a rappelé en décembre 2024 que ces médecins conservent le droit de prescrire pour leurs proches, à titre gratuit, dans la limite de leur compétence et sous réserve d’une assurance RCP. Il ne s’agit pas d’un droit codifié de manière explicite, mais d’une interprétation doctrinale de l’Ordre, non contestée à ce jour. Toute prescription régulière à des tiers rémunérée est en revanche exclue, faute d’exercice professionnel autorisé.

En cas de radiation du tableau, toute prescription est interdite, y compris pour soi-même ou sa famille.

 

Peut-on cumuler une pension de retraite et un statut de médecin remplaçant non thésé ?

Un médecin retraité peut effectuer des remplacements dans le cadre du CER.

En revanche, un médecin non thésé ne peut pas exercer en remplacement à titre libéral, car l’inscription à l’Ordre requiert la possession du doctorat en médecine. La situation des internes ou étudiants en thèse relève d’un statut différent (licence de remplacement provisoire), incompatible avec la perception d’une retraite.

 

Sécuriser et pérenniser son cumul emploi-retraite

Le cumul emploi-retraite représente une opportunité réelle pour les médecins libéraux souhaitant prolonger leur activité dans de bonnes conditions. Mais ce dispositif n’est pas exempt de risques : suspension de pension en cas de dépassement, pénalités de retard, perte de couverture invalidité-décès…

Pour sécuriser votre situation, plusieurs réflexes s’imposent : anticiper les formalités auprès de la CARMF et de l’Ordre, maintenir son assurance RCP, suivre régulièrement l’évolution de ses revenus par rapport au plafond, et s’interroger sur la pertinence d’une garantie complémentaire de prévoyance adaptée aux médecins en cumul.

Bon à savoir : La perte de couverture invalidité-décès CARMF en situation de cumul peut être compensée par une solution de prévoyance dédiée aux professionnels de santé en fin de carrière. Renseignez-vous auprès de votre mutuelle pour évaluer les garanties adaptées à votre profil.

 

 

l’essentiel à retenir — 6 points clés sur le cumul emploi-retraite du médecin

Distinguer le cumul intégral du cumul plafonné pour déterminer vos limites de revenus, le cumul sans aucun plafond exigeant d’avoir atteint l’âge légal avec le taux plein (ou 67 ans d’office) et d’avoir liquidé toutes vos pensions obligatoires.

Surveiller le seuil d’un PASS en cas de cumul plafonné afin d’éviter la suspension de votre pension de retraite, le plafond de revenus nets d’activité étant fixé à 48 060 € pour l’année 2026.

Déclarer obligatoirement votre situation à la CARMF et à l’Ordre dans les 30 jours suivant la reprise ou le maintien de votre activité pour obtenir le statut de « médecin retraité actif », sous peine de pénalités financières et d’interdiction de prescription.

Maintenir impérativement votre assurance Responsabilité Civile Professionnelle (RCP) sans interruption au moment de la liquidation, la souscription d’un nouveau contrat après coup entraînant une hausse majeure de la prime d’assurance.

Valoriser vos cotisations pour acquérir de nouveaux droits à la retraite dans le cadre du régime de base (dans la limite de 5 % du PASS par an), une opportunité ouverte par la réforme pour déclencher une seconde liquidation.

Compenser l’arrêt de la couverture invalidité-décès de la CARMF par la souscription d’une prévoyance privée complémentaire, la caisse n’assurant plus aucun versement en cas d’arrêt de travail prolongé au-delà de 60 jours.

 

Sources et références :