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Ma Santé 2022 : L’essor du métier d’assistant médical (AM)

Loi Ma Santé 2022 L'essor du métier d’Assistant Médical GPM

Estimation du temps de lecture : 9 minutes

 

La fonction d’assistant médical (AM) a été instaurée en 2018 dans le cadre de la stratégie « Ma santé 2022 » en vue de répondre à une priorité : alléger les médecins de leur temps de travail administratif et technique au profit d’un temps médical de soins plus qualitatif.

Pour permettre aux médecins de libérer plus de temps dédié à leurs patients, la feuille de route « Ma santé 2022 » a suggéré :
– d’exploiter davantage les compétences d’autres professionnels de santé tels que les infirmiers en pratique avancée (IPA), à qui sont déléguées certaines responsabilités de suivi des patients atteints de maladies chroniques, ou encore les pharmaciens, aptes à renouveler certaines ordonnances et en adapter les posologies pour les patients atteints de maladies chroniques.
– d’introduire les assistants médicaux (AM) à partir de 2019, pour aider les médecins dans leurs tâches administratives quotidiennes, libérant ainsi leur temps pour une meilleure prise en charge des patients lors des consultations.

 

Quel est le rôle d’un assistant médical ?

Le rôle d’un assistant médical est de prendre en charge les tâches administratives des médecins (accueil, gestion du planning des rendez-vous, gestion du dossier médical et enregistrement des informations médicales) et à la différence d’un « simple » secrétaire médical, de réaliser aussi des actes cliniques de base.

 

Accueillir le patient dans son parcours de soin

A l’accueil du patient, l’assistant médical peut dans un premier temps recueillir quelques informations en vue d’optimiser le temps de consultation du médecin :
– prise de mesures : taille, poids, graisse abdominale ;
– prise des constantes : température corporelle, pression artérielle, fréquence cardiaque, fréquence respiratoire, saturation en oxygène dans le sang ;
– questionnaire autour des antécédents familiaux, des pathologies chroniques ou traumatismes antérieurs, de l’hygiène de vie ou de la chronobiologie : régime alimentaire, addictologie (consommation d’alcool, de cigarettes, etc.), rythme circadien, etc. ;
– aide au déshabillage ou à l’habillage.

 

Aider le patient à mieux comprendre sa pathologie

L’AM peut-être un vecteur pédagogique pour le patient. Il peut l’aider à mieux comprendre sa pathologie ou appréhender les séquelles d’un accident et lui fournir des conseils de prévention. Cette éducation thérapeutique favorise des décisions éclairées sur son traitement et facilite l’adoption de comportements bénéfiques pour la santé du patient et son bien-être à long terme.

 

 

Objectif de la loi Ma Santé 2022 : 10 000 assistants médicaux d’ici fin 2024

L’un des principaux objectifs de la loi « Ma santé 2022 » était la mise à disposition de 4 000 AM opérationnels et en fonction d’ici la fin de l’année 2022.

Le 6 janvier 2023, Le président de la République a émis le souhait que ce nombre passe à 10 000 AM d’ici fin 2024. Cette augmentation vise à dégager du temps pour les médecins au moment même où 6,7 millions de personnes en France n’ont pas de médecin traitant.

En juillet 2023, Agnès Firmin Le Bodo, ministre déléguée en charge de l’Organisation territoriale et des Professions de santé, lançait un plan reposant sur quatre objectifs majeurs d’ici la fin de l’année 2024 :
100 médicobus ;
– 10 000 assistants médicaux ;
déploiement de 4 000 maisons de santé pluriprofessionnelles ;
généralisation des CPTS sur l’ensemble du territoire.

Par voie de communiqué de presse publié sur son site ameli.fr et daté du 22 janvier 2024, l’Assurance Maladie indique que le cap des 6 000 assistants médicaux a été franchi et précise qu’avec la trajectoire actuelle l’objectif des 10 000 AM devrait être atteint au terme attendu. Il précise aussi que depuis le lancement du dispositif des AM en 2019, 60% des contrats ont été signés par des médecins exerçant en zones sous-denses. De plus, il est indiqué que 75% des contrats sont signés avec des médecins généralistes et les 25% restant avec des médecins spécialistes. Enfin, toujours selon l’Assurance Maladie, cette nouvelle profession aurait permis à 500 000 patients de trouver un médecin traitant.

 

 

Quel plan d’action pour atteindre l’objectif de 10 000 assistants médicaux ?

– Sensibiliser les médecins et les publics cibles au métier d’assistant médical.
– Simplifier et mieux accompagner l’emploi d’un assistant médical par les médecins.
– Adapter la formation pour répondre aux attentes des acteurs et travailler à l’établissement d’un véritable métier à moyen terme.

Des ressources et une programmation pédagogique adaptées semblent être la condition préalable et indispensable pour être prêt à déployer 10 000 AM bien formés auprès des médecins.

 

Un bilan nuancé sur la formation initiale des assistants médicaux

Le rapport sur la formation des assistants médicaux, publié le 15 juin 2023 par l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS), a dressé un bilan nuancé de cette profession et de ses perspectives d’évolution.

Voici les principaux points issus du rapport :
– Les assistants médicaux jouent déjà un rôle crucial dans l’organisation des soins primaires dans plusieurs pays européens tels que les Pays-Bas et l’Allemagne.
– L’assurance maladie subventionne largement la fonction d’assistant médical. Un simulateur d’aide à l’emploi d’un assistant médical est disponible sur le site Ameli.fr.
– La fonction d’assistant médical est occupée par quelques milliers de salariés à temps partiel, principalement d’anciens secrétaires médicaux et à 96 % des femmes selon les chiffres du ministère de la Santé. Sa couverture géographique et spécialités varient.
– Globalement, l’assistant médical donne satisfaction aux employeurs, aux salariés et à la Cnam (Caisse Nationale d’Assurance Maladie). Malgré cette satisfaction, le développement de la fonction d’assistant médical est entravé par plusieurs freins relatifs à l’offre de formation. Même si les organismes de formation se sont montrés confiants pour augmenter leur offre de formation existante, la majorité d’entre eux ne pourra pas tripler l’offre à court terme qui permettrait d’atteindre l’objectif fixé par le président de la République notamment du fait de contraintes de locaux et de recrutement de formateurs.

 

Comment accroître l’attractivité du métier d’assistant médical ?

Pour attirer les candidats vers ce nouveau poste, des mesures visant à simplifier l’accès à la formation et à améliorer la reconnaissance professionnelle sont mises en place.
Les candidats titulaires d’un DE d’infirmier, d’aide-soignant ou d’auxiliaire de puériculture, ou ceux ayant passé un CQP (certificat de qualification professionnelle permettant la reconnaissance des acquis professionnels) assistant médical, peuvent se former. Cette formation, qui dure 384 heures s’effectue en alternance, offre un taux d’emploi de 100% à la sortie.
Les rémunérations varient, mais certaines personnes peuvent toucher jusqu’à 2 500 € brut à temps complet. Dans le privé, les minimums salariaux sont fixés par la Convention collective nationale du personnel des cabinets médicaux par l’avenant n° 89 du 7 juillet 2023 relatif aux salaires en vigueur depuis le 1er juillet 2023. Son annexe 1 indique les salaires minimaux mensuels pour 151,67 heures travaillées par mois de 1 474,20 € brut à 4 441,99 € brut suivant l’échelon.
Des passerelles sont prévues pour les professionnels de la santé déjà en exercice, tels que les secrétaires médicales ou les assistants dentaires.
A noter que l’augmentation récente des demandes d’aides-soignants et d’infirmiers en reconversion souligne d’éventuels dysfonctionnements de notre système de santé. En remplissant, l’objectif de 10 000 AM, il ne faudrait pas siphonner les hôpitaux publics ou les EPHAD de leurs aides-soignants et infirmiers où l’on observe déjà un doublement des postes d’infirmiers non pourvus (6,6 % en avril 2022 contre 3 % en 2019).

 

Sources :