Ma Santé 2022 : L’essor du métier d’assistant médical (AM)

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La fonction d’assistant médical (AM) a été instaurée en 2018 dans le cadre de la stratégie « Ma santé 2022 » en vue de répondre à une priorité : alléger les médecins de leur temps de travail administratif et technique au profit d’un temps médical de soins plus qualitatif.
Pour permettre aux médecins de libérer plus de temps dédié à leurs patients, la feuille de route « Ma santé 2022 » a suggéré :
– d’exploiter davantage les compétences d’autres professionnels de santé tels que les infirmiers en pratique avancée (IPA), à qui sont déléguées certaines responsabilités de suivi des patients atteints de maladies chroniques, ou encore les pharmaciens, aptes à renouveler certaines ordonnances et en adapter les posologies pour les patients atteints de maladies chroniques.
– d’introduire les assistants médicaux (AM) à partir de 2019, pour aider les médecins dans leurs tâches administratives quotidiennes, libérant ainsi leur temps pour une meilleure prise en charge des patients lors des consultations.
Quel est le rôle d’un assistant médical ?
Le rôle d’un assistant médical est de prendre en charge les tâches administratives des médecins (accueil, gestion du planning des rendez-vous, gestion du dossier médical et enregistrement des informations médicales) et à la différence d’un « simple » secrétaire médical, de réaliser aussi des actes cliniques de base.
Accueillir le patient dans son parcours de soin
A l’accueil du patient, l’assistant médical peut dans un premier temps recueillir quelques informations en vue d’optimiser le temps de consultation du médecin :
– prise de mesures : taille, poids, graisse abdominale ;
– prise des constantes : température corporelle, pression artérielle, fréquence cardiaque, fréquence respiratoire, saturation en oxygène dans le sang ;
– questionnaire autour des antécédents familiaux, des pathologies chroniques ou traumatismes antérieurs, de l’hygiène de vie ou de la chronobiologie : régime alimentaire, addictologie (consommation d’alcool, de cigarettes, etc.), rythme circadien, etc. ;
– aide au déshabillage ou à l’habillage.
Aider le patient à mieux comprendre sa pathologie
L’assistant médical peut-être un vecteur pédagogique pour le patient. Il peut l’aider à mieux comprendre sa pathologie ou appréhender les séquelles d’un accident et lui fournir des conseils de prévention. Cette éducation thérapeutique favorise des décisions éclairées sur son traitement et facilite l’adoption de comportements bénéfiques pour la santé du patient et son bien-être à long terme.
Objectif de la loi Ma Santé 2022
Les objectifs initiaux (2022)
L’un des principaux objectifs de la stratégie « Ma Santé 2022 » consistait à renforcer l’accès aux soins tout en améliorant les conditions d’exercice des médecins libéraux. Dans ce cadre, le développement du métier d’assistant médical, créé dans le cadre de l’avenant n°7 à la convention médicale de 2016, devait permettre de dégager du temps médical grâce à une meilleure organisation des cabinets.
L’Assurance Maladie s’était ainsi fixé un premier objectif de 4 000 assistants médicaux opérationnels d’ici la fin de l’année 2022. Cet objectif a été atteint avec succès, confirmant à la fois l’intérêt croissant des professionnels de santé pour ce nouveau métier et le besoin d’un tel rôle dans les cabinets médicaux.
La trajectoire vers les 10 000 assistants
Le 6 janvier 2023, le président de la République a fixé un nouvel objectif : atteindre 10 000 assistants médicaux afin de renforcer l’accès aux soins sur l’ensemble du territoire.
Cette ambition s’inscrivait dans un contexte marqué par les difficultés d’accès à un médecin traitant pour plusieurs millions de Français. Les assistants médicaux avaient vocation à permettre aux médecins de consacrer davantage de temps à la consultation et au suivi des patients.
En juillet 2023, Agnès Firmin Le Bodo, alors ministre déléguée en charge de l’Organisation territoriale et des Professions de santé, lançait un plan d’action national reposant sur quatre objectifs majeurs d’ici la fin de l’année 2024 :
– le développement de 100 médicobus ;
– le recrutement de 10 000 assistants médicaux ;
– le déploiement de 4 000 maisons de santé pluriprofessionnelles ;
– la généralisation des CPTS sur l’ensemble du territoire.
Bilan de l’objectif « Fin 2024 » : a-t-il été atteint ?
La dynamique de recrutement des assistants médicaux s’est poursuivie en 2024, sans toutefois atteindre strictement l’objectif des 10 000 contrats signés à cette échéance.
Selon les données de l’Assurance Maladie, environ 7 240 contrats avaient été signés à la fin du mois d’octobre 2024 contre 5 355 fin 2023 et 3 545 en 2022. Le seuil des 10 000 assistants médicaux a ainsi été reporté à 2025.
Malgré ce décalage, le dispositif est considéré comme structurant pour l’organisation des soins de ville. L’Assurance Maladie souligne que les assistants médicaux contribuent à améliorer l’accueil des patients, fluidifier le parcours de soins et augmenter les capacités de prise en charge des cabinets médicaux.
L’impact est bien réel : cette nouvelle profession a permis à plus d’un million de patients supplémentaires de trouver un médecin traitant. Après 48 mois de contrat, les médecins généralistes ayant recruté un assistant médical ont augmenté leur patientèle médecin traitant de près de 20 %, et près de 60 % des contrats signés concernent des cabinets situés dans des zones sous-denses, où les difficultés d’accès aux soins sont les plus marquées selon une étude de la Cnam.
État actuel et perspectives
La convention médicale 2024-2029, signée en juin 2024, a renforcé le dispositif afin d’accélérer les recrutements d’assistants médicaux. L’Assurance Maladie peut financer une partie importante du coût salarial de l’assistant médical via une aide conventionnelle versée au médecin sous conditions d’engagements sur la patientèle. L’Assurance Maladie met à disposition sur Ameli.fr un simulateur permettant d’estimer le montant de l’aide à l’emploi d’un assistant médical.
Plusieurs évolutions ont été introduites :
– revalorisation de 5 % des aides financières versées aux médecins ;
– assouplissement des objectifs de progression de patientèle ;
– allongement du délai laissé aux médecins pour atteindre leurs engagements (les médecins disposent désormais de 2 ans (au lieu d’un) pour atteindre leurs objectifs d’augmentation de patientèle) ;
– possibilité, dans certains territoires prioritaires, de financer un second assistant médical pour les cabinets ayant déjà une expérience réussie.
L’Assurance Maladie considère désormais les assistants médicaux comme un levier durable d’amélioration de l’accès aux soins et d’optimisation de l’organisation des cabinets médicaux.
Un bilan nuancé sur la formation initiale des assistants médicaux
Le développement rapide du métier d’assistant médical a soulevé plusieurs enjeux liés à la formation professionnelle et à l’attractivité du métier.
Pour exercer, les assistants médicaux doivent généralement être titulaires d’un diplôme dans le domaine du secrétariat médical ou du soin, comme le diplôme d’aide-soignant, d’auxiliaire de puériculture ou de secrétaire médical. Une formation complémentaire spécifique d’assistant médical peut ensuite être suivie dans le cadre de la prise de poste. Les aspirants assistants médicaux doivent suivre une formation d’adaptation à l’emploi lorsqu’ils ne disposent pas déjà d’un diplôme médical ou paramédical reconnu. L’offre de formation s’est fortement développée depuis 2019 avec plusieurs dizaines d’organismes habilités ou référencés par les branches professionnelles et les organismes certificateurs. Plusieurs organismes de formation proposent désormais des parcours certifiants reconnus par les branches professionnelles ou inscrits au RNCP (répertoire national des certifications professionnelles) sur l’ensemble du territoire.
Selon l’Onisep, le métier d’assistant médical combine aujourd’hui des compétences administratives, organisationnelles et relationnelles, nécessitant une grande polyvalence. Toutefois, les tensions de recrutement persistent dans certains territoires, notamment en raison d’un manque de visibilité du métier et de conditions d’exercice parfois exigeantes.
Le salaire d’un assistant médical débute généralement autour du SMIC et peut évoluer selon l’expérience, la spécialité médicale et la taille du cabinet. Les médecins généralistes représentent la majorité des recrutements, mais certaines spécialités comme la cardiologie et l’ophtalmologie figurent parmi les disciplines ayant le plus recours aux assistants médicaux. L’enjeu des prochaines années sera donc autant quantitatif que qualitatif : former davantage de professionnels tout en consolidant la reconnaissance du métier au sein des équipes de soins.
Comprendre le métier d’assistant médical
Quelles compétences faut-il posséder ?
L’assistant médical intervient à l’interface entre le médecin, les patients et les différents acteurs du parcours de soins. Il doit maîtriser les outils numériques du cabinet, assurer la gestion administrative des dossiers médicaux et participer à l’organisation du suivi des patients.
Il peut également réaliser certains actes simples, comme la prise de constantes ou la préparation du patient avant la consultation, selon sa formation initiale et l’organisation du cabinet.
Quelles sont les qualités d’un assistant médical ?
Le métier d’assistant médical requiert des qualités relationnelles importantes. L’assistant médical doit faire preuve de rigueur, d’organisation et de discrétion professionnelle compte tenu des données de santé manipulées au quotidien.
La capacité à gérer les priorités, accueillir les patients et travailler en équipe constitue également un élément essentiel dans l’exercice de cette profession.
Dans quel environnement exerce-t-il ?
Les assistants médicaux exercent principalement dans les cabinets médicaux libéraux, qu’ils soient individuels ou regroupés en maisons de santé pluriprofessionnelles.
Leur présence tend également à se développer dans les structures d’exercice coordonné, notamment les CPTS, afin d’accompagner l’évolution de l’organisation des soins de premier recours.
Comment accroître l’attractivité du métier d’assistant médical ?
Pour attirer les candidats vers ce nouveau poste, des mesures visant à simplifier l’accès à la formation et à améliorer la reconnaissance professionnelle sont mises en place.
Les candidats titulaires d’un DE d’infirmier, d’aide-soignant ou d’auxiliaire de puériculture, ou ceux ayant passé un CQP (certificat de qualification professionnelle permettant la reconnaissance des acquis professionnels) assistant médical, peuvent se former. Cette formation, qui dure 384 heures s’effectue en alternance, offre un taux d’emploi de 100% à la sortie.
Les rémunérations varient, mais certaines personnes peuvent toucher jusqu’à 2 500 € brut à temps complet. Dans le privé, les minimums salariaux sont fixés par la Convention collective nationale du personnel des cabinets médicaux par l’avenant n° 89 du 7 juillet 2023 relatif aux salaires en vigueur depuis le 1er juillet 2023. Son annexe 1 indique les salaires minimaux mensuels pour 151,67 heures travaillées par mois de 1 474,20 € brut à 4 441,99 € brut suivant l’échelon.
Des passerelles sont prévues pour les professionnels de la santé déjà en exercice, tels que les secrétaires médicales ou les assistants dentaires.
A noter que l’augmentation récente des demandes d’aides-soignants et d’infirmiers en reconversion souligne d’éventuels dysfonctionnements de notre système de santé. En remplissant, l’objectif de 10 000 AM, il ne faudrait pas siphonner les hôpitaux publics ou les EPHAD de leurs aides-soignants et infirmiers où l’on observe déjà un doublement des postes d’infirmiers non pourvus (6,6 % en avril 2022 contre 3 % en 2019).
Sources :
- Redonner du temps aux médecins pour soigner – Ministère du travail, de la santé et des solidarités (sante.gouv.fr)
- vie-publique.fr/en-bref/290364-acces-aux-soins-le-role-croissant-des-assistants-medicaux
- Métiers de la santé : comment devenir assistant médical ? – L’Etudiant (letudiant.fr)
- Assistant médical – Découvrez la fiche métier (études, salaire, missions, qualités requises…) – L’Etudiant (letudiant.fr)
- Salaire : combien gagne un assistant médical ? – Capital.fr
- Aide à l’embauche d’assistants médicaux | ameli.fr | Médecin
- La formation des assistants médicaux – IGAS – Inspection générale des affaires sociales
- https://www.assurance-maladie.ameli.fr/presse/2024-01-22-cp-6000-assistants-medicaux
Publié le 29/04/2024