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Professionnels de santé : comment bien choisir sa mutuelle ?

Une récente étude de l’IFOP menée pour la Mutuelle du médecin alerte quant à l’état de santé des médecins : 53 % des médecins estiment être moins bien soignés que leurs patients. Cette réalité s’illustre par le fait que 49 % des médecins n’aient jamais pris d’arrêt maladie dans leur carrière, même s’ils étaient malades. L’occasion pour nous de revenir sur la protection sociale des professionnels de santé.

Que nous relevions du régime d’assurance maladie des Praticiens et Auxiliaires Médicaux Conventionnés PAMC (c’est-à-dire de la CPAM) ou du régime des travailleurs indépendants (c’est-à-dire de la SSI), la prise en charge de nos frais médicaux n’est que partielle. Lorsqu’il s’agit d’un simple rendez-vous chez le médecin, le reste à charge n’est pas très important. Mais quand il s’agit de consultations chez un spécialiste, de frais dentaires, d’optique ou encore d’hospitalisation, le reste à charge peut être très lourd.

Pour bénéficier d’une meilleure protection sociale, si vous n’êtes pas un professionnel de santé salarié (couvert par la mutuelle obligatoire de votre entreprise), il est donc conseillé de souscrire une assurance complémentaire santé. Mais comment choisir ? Et sur quels critères baser votre décision ?

C’est à ces questions que nous allons répondre dans la suite de cet article.

 

Choisir une mutuelle spécifique pour les professionnels de santé : Pourquoi ?

Il est évident que pour les praticiens libéraux comme pour les autres indépendants, une bonne santé est nécessaire pour garantir une activité et un revenu réguliers.
En cas d’arrêt de travail pour maladie ou accident, les régimes de base (PAMC et SSI), comportent des spécificités par rapport au régime général, par exemple en cas de congé maternité, paternité, adoption ou d’arrêt de travail lié à la grossesse.

S’ils tendent néanmoins à converger au fil du temps vers le régime général en termes de prestations relatives à l’assurance maladie, ces régimes de base sont moins bien pourvus en matière de protection en cas d’accidents du travail, d’invalidité et de risques professionnels. Sous certaines conditions, les caisses de retraite peuvent éventuellement prendre le relai (mais avec un délai de carence de 91 jours).

Toutes ces raisons font qu’il est recommandé de choisir une mutuelle complémentaire qui tienne compte de ces spécificités et qui soit adaptée aux besoins des professionnels de santé.

Rappel sur les 2 régimes de base :

Vous êtes Praticiens ou Auxiliaires Médicaux Conventionnés Professionnels de santé non conventionnés ou conventionnés secteur 2
Qui est
concerné ?
• Médecins conventionnés secteur 1 ou 2 (adhérents à l’OPTAM)

• Étudiants en médecine ayant validé au moins le diplôme de fin de 2e cycle des études médicales et qui effectuent le remplacement d’un docteur en médecine

• Chirurgiens-dentistes

• Sages-femmes

• Auxiliaires médicaux (infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes, orthophonistes, orthoptistes, pédicures-podologues

• Médecins conventionnés secteur 2 ayant choisi le SSI

• Pédicures-podologues conventionnés ayant choisi le SSI

• Médecins et auxiliaires médicaux non conventionnés

Quelles conditions ? • Activité professionnelle non salariée

• Adhésion à la convention conclue avec l’Assurance Maladie

• Activité professionnelle non salariée
Quel régime d’assurance maladie de base ? PAMC (CPAM) SSI
Quels remboursements de base ? • Frais de santé en cas de maladie ou maternité (même taux et conditions de remboursement que le régime général)

• Indemnités ou allocations spécifiques en cas de congé maternité, paternité, adoption ou arrêt de travail lié à la grossesse

• Capital décès

• Frais de santé en cas de maladie ou maternité (même taux et conditions de remboursement que le régime général)

• Indemnités ou allocations maternité, paternité, adoption

• Pas de couverture contre les risques d’accident du travail, de maladie professionnelle, de chômage

Quelles cotisations ? • 9,8% du revenu d’activité non salarié

• Selon les cas, participation de l’assurance maladie aux cotisations sociales (partielle ou totale)

• Revenu professionnel < 110% du Plafond de la Sécurité sociale : 1,5 à 6,5% du revenu professionnel non salarié

• Revenu professionnel > 110% du Plafond de la Sécurité sociale : 6,5% du revenu professionnel non salarié

 

Professionnels de santé : 8 questions pour choisir votre mutuelle complémentaire

Pour choisir la mutuelle complémentaire adaptée à votre situation, c’est-à-dire celle qui remboursera le mieux le reste à charge de vos dépenses de santé, il est nécessaire de vous poser quelques questions.

1- Quels sont vos besoins ?

En général, les mutuelles proposent plusieurs formules de garanties complémentaires correspondant à différents profils d’adhérents. Selon votre âge, votre situation familiale (si vous souhaitez couvrir d’autres membres de votre foyer), votre état de santé, vos habitudes de consommation de soins, votre régime obligatoire ou encore vos capacités financières, vous devez pouvoir choisir le contrat qui vous convient le mieux en matière de remboursements de frais médicaux courants, dentaires, optiques ou d’hospitalisation.

À titre d’exemple, un jeune professionnel de santé, célibataire et en bonne santé, optera sans doute pour un remboursement de base sur tous les postes (optique, dentaire, soins courants, hospitalisation) afin d’optimiser son budget, tandis qu’un sénior appréciera des garanties renforcées en matière d’équipement optique, de prothèse dentaire ou d’hospitalisation. Autre exemple, si vous avez des enfants, selon leur âge, vous pourrez privilégier des garanties permettant le meilleur remboursement en matière de frais d’orthodontie ou de soins pédiatriques.

2 – Quels sont les remboursements sur les garanties que vous jugez principales ?

Une fois que vous avez identifié quelles prestations sont importantes par rapport à votre situation, vérifiez quel est le niveau de remboursement proposé par les mutuelles que vous avez identifiées. Selon les cas, il s’agit d’un pourcentage de la base de remboursement de la Sécurité sociale ou alors, d’un montant forfaitaire. Faites vos calculs pour identifier ce qui est le plus avantageux pour vous.

Intéressez-vous aussi aux remboursements liés à des actions de prévention (ostéopathie, actions de dépistage) ou encore les prestations délivrées en cas de coup dur comme une maladie grave et qui peuvent faire la différence entre deux mutuelles

3 – Quel tarif pour quelles garanties ?

Si le tarif est bien un critère important pour choisir votre mutuelle complémentaire santé, il est à prendre en considération au regard des garanties couvertes. Il est important de comparer ce qui est comparable.

4 – Les formules de garanties proposées comportent-elles le label « contrat responsable » ?

Le caractère « responsable » du contrat de santé a été instauré en 2005 et sa définition a été complétée en 2015 par la Loi de Financement de la Sécurité Sociale, puis en 2019 avec l’instauration du 100 % Santé. Son objectif est de réglementer le cahier des charges des contrats proposés par les mutuelles, en fixant notamment des planchers et des plafonds de remboursements et en favorisant des comportements vertueux en matière de santé comme le respect du parcours de soins ou les démarches de prévention. Cela permet d’offrir une protection de base, accessible à chaque assuré, pour les dépenses de santé les plus courantes ; et d’inciter professionnels de santé et patients à adopter un comportement plus responsable en matière de dépassements d’honoraires et de consommation de soins.
Un contrat frais de santé responsable a l’avantage de prendre en charge obligatoirement le forfait journalier hospitalier sans limitation de durée, le ticket modérateur pour les soins courants, dentaires, optiques (la prise en charge en optique est cependant encadrée par des plafonds et des planchers, et limitée en nombre de verres et de monture). La prise en charge des dépassements d’honoraires est encadrée et plafonnée pour les praticiens n’adhérent pas à un dispositif de maîtrise des tarifs (OPTAM).
Enfin, un contrat responsable prend en charge intégralement les lunettes, prothèses dentaires et aides auditives relevant des paniers à « Reste à charge 0 » définis dans le cadre du 100 % Santé.

5 – La mutuelle inclut-elle le tiers-payant ?

Cette option vous permet de ne rien régler (ou de ne régler que les frais non pris en charge par votre mutuelle) lors de la consultation chez le professionnel de santé ou quand vous achetez les médicaments à la pharmacie.

6 – Y’a-t-il un délai de carence ? des délais de remboursement ?

Il y a des mutuelles qui ne remboursent certains soins onéreux (dentaires, optiques) qu’après un certain délai suivant la date d’adhésion. Pour nous, professionnels de santé, cela peut s’avérer particulièrement pénalisant car nous ne pouvons pas bénéficier de l’ensemble des garanties que nous avons souscrites pendant cette période…
De même, si la mutuelle ne propose pas le tiers payant (ou que vous avez choisi de ne pas en bénéficier), il est important de vérifier quels sont les délais de remboursement pour éviter de devoir avancer des montants importants pendant de trop longues périodes.

7 – Le contrat complémentaire santé est-il éligible aux avantages de la loi Madelin ?

C’est en effet un avantage à considérer car, en tant que professionnels de santé libéral, si nous souscrivons une mutuelle éligible au dispositif mis en place par la « loi Madelin », nous pouvons déduire de nos revenus professionnels imposables l’ensemble des cotisations que nous versons pour nous et les ayant-droit inscrits sur notre carte d’assuré social, sous réserve de satisfaire certaines conditions et dans des limites spécifiques. Cet avantage fiscal a en effet été créé pour aider les professions libérales à compléter leur couverture sociale.

8 – La mutuelle propose-t-elle d’autres services inclus ?

Il est intéressant de se pencher sur les services complémentaires que les mutuelles proposent : s’ils ne constituent pas nécessairement un critère de choix, ils peuvent différencier deux mutuelles entre elles. C’est particulièrement intéressant pour les professionnels de santé qui peuvent avoir des besoins spécifiques liés à leur activité.
Il s’agit par exemple,
• de l’assistance à domicile (aide-ménagère, garde d’enfants, soutien scolaire, garde d’animaux en cas d’hospitalisation) ;
• d’accompagnement de pathologies lourdes ou lors de coups durs (téléassistance, services d’un ergothérapeute ou de travaux d’aménagement du domicile…) ;
• d’aide aux aidants ;
• de soutien de l’activité professionnelle (informations juridiques, accompagnement aux démarches lors de l’installation, coach budget…) ;
• d’assistance lors de déplacements (rapatriement médical, prise en charge de frais médicaux à l’étranger…) ;
• d’informations ou de conseils juridiques, médicaux ;
• etc.

Exercer notre métier de professionnel de santé en libéral nous oblige à prendre en compte l’imprévisible. : Les dépenses de santé peuvent en effet sérieusement grever notre budget. Il est donc essentiel d’anticiper, en choisissant notre mutuelle de manière à être bien remboursé et à compléter la part non prise en charge par notre régime général d’assurance maladie.