Transmission du dossier médical entre médecins

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Changement de médecin traitant, hospitalisation, orientation vers un spécialiste, suivi post-opératoire : les échanges d’informations médicales entre praticiens sont devenus indispensables à la continuité des soins.
Pourtant, la transmission d’un dossier médical entre médecins reste strictement encadrée par le secret médical, le Code de la santé publique et le RGPD. Consentement du patient, messagerie sécurisée, délais de communication ou responsabilité du praticien : les professionnels de santé doivent respecter plusieurs obligations afin de sécuriser les échanges de données médicales.
Qu’est-ce qu’un dossier médical ?
Le dossier médical regroupe l’ensemble des informations concernant la santé d’un patient, recueillies ou produites par un professionnel de santé ou un établissement de soins au cours de sa prise en charge. Il constitue un outil essentiel pour assurer le suivi médical, la coordination entre praticiens et la continuité des soins.
Le contenu du dossier médical peut notamment comprendre les comptes rendus de consultation, les prescriptions, les résultats d’examens, les comptes rendus opératoires, les courriers entre professionnels de santé, les protocoles thérapeutiques ou encore les informations relatives aux antécédents du patient.
Le Code de la santé publique prévoit que ces informations soient conservées dans des conditions garantissant leur confidentialité et leur sécurité. Les professionnels de santé sont également tenus au respect du secret médical, y compris lors de la transmission du dossier à un autre praticien.
Aujourd’hui, la numérisation progressive des données de santé, le recours aux messageries sécurisées et le développement de « Mon espace santé » facilitent les échanges entre professionnels tout en renforçant les exigences de protection des données personnelles.
Pourquoi et quand transmettre un dossier médical entre professionnels de santé ?
Assurer la continuité des soins
La transmission du dossier médical entre médecins intervient fréquemment dans le cadre du parcours de soins d’un patient. Elle permet au praticien destinataire de disposer des éléments nécessaires pour poursuivre une prise en charge dans de bonnes conditions.
Cette transmission peut notamment avoir lieu lors :
- d’un changement de médecin traitant ;
- d’une orientation vers un spécialiste ;
- d’une hospitalisation ;
- d’un suivi post-opératoire ;
- d’une prise en charge en urgence ;
- d’un déménagement du patient.
Le partage d’informations médicales vise avant tout à éviter les ruptures de suivi, les erreurs médicales ou les examens redondants.
Faciliter le suivi du patient
La transmission du dossier médical contribue également à améliorer la coordination entre les différents professionnels de santé participant à la prise en charge du patient.
Le médecin destinataire peut ainsi connaître les traitements en cours, les antécédents médicaux, les allergies éventuelles ou les résultats d’examens déjà réalisés. Cette circulation des informations permet d’adapter plus rapidement les décisions thérapeutiques et d’assurer un suivi cohérent.
Dans certains cas, le patient peut lui-même demander que son dossier soit transmis à un autre praticien ou à un établissement de santé. Cette demande doit alors être traitée dans le respect des règles légales applicables.
Les règles à respecter pour la transmission d’un dossier médical
Le consentement du patient : une étape clé
La transmission d’informations médicales entre professionnels de santé est encadrée par le Code de la santé publique et par les règles relatives au secret médical.
Lorsque plusieurs professionnels participent à la prise en charge d’un même patient, les informations strictement nécessaires à la continuité des soins peuvent être échangées, sauf opposition du patient. Celui-ci doit toutefois être informé de ces échanges.
Dans certaines situations, notamment en dehors du parcours de soins ou lorsqu’un tiers demande l’accès au dossier, un consentement explicite du patient peut être nécessaire.
Le professionnel de santé doit également vérifier l’identité du demandeur avant toute communication de données médicales.
Exemple : un médecin généraliste adressant son patient à un cardiologue peut transmettre les comptes rendus et résultats d’examens utiles à cette consultation spécialisée, dès lors que le patient est informé de cet échange et ne s’y oppose pas.
Le support de transmission : sécurisé et adapté
Les données de santé présentent un caractère particulièrement sensible au regard du RGPD. Leur transmission doit donc s’effectuer via des moyens sécurisés garantissant la confidentialité des échanges. Les professionnels de santé privilégient aujourd’hui :
- les messageries MSSanté recommandées par l’Agence du Numérique en Santé ;
- les plateformes sécurisées des établissements ;
- les outils intégrés à « Mon espace santé ».
À l’inverse, l’utilisation d’une adresse électronique classique ou d’un canal non sécurisé peut exposer à des violations de données et engager la responsabilité du professionnel.
Déployée par l’Agence du Numérique en Santé, MSSanté permet aux professionnels de santé d’échanger des données médicales dans un cadre sécurisé conforme aux exigences réglementaires relatives aux données de santé.
La CNIL rappelle régulièrement que les informations médicales ne doivent pas être transmises par des moyens insuffisamment sécurisés.
Déployé par l’Assurance Maladie et l’Agence du Numérique en Santé, MSSanté permet au patient de centraliser certains documents médicaux et de faciliter leur partage sécurisé avec les professionnels participant à sa prise en charge.
Les informations à transmettre : intégralité et pertinence
Le dossier transmis doit contenir les informations utiles à la prise en charge du patient. L’objectif n’est pas nécessairement de transmettre l’intégralité des documents disponibles, mais les éléments pertinents permettant au médecin destinataire d’assurer le suivi médical.
Les comptes rendus, résultats d’examens, traitements en cours ou informations relatives aux antécédents peuvent ainsi être communiqués lorsqu’ils sont nécessaires à la continuité des soins.
Le professionnel doit veiller à ne pas transmettre d’informations sans lien avec la prise en charge concernée.
Les délais de transmission du dossier médical : respect et réactivité
Le droit d’accès du patient à son dossier médical obéit à des délais précis prévus par le Code de la santé publique. *
Un délai minimal de réflexion de 48 heures peut être appliqué avant la communication du dossier lorsque la demande émane directement du patient.
Les informations médicales doivent être communiquées dans un délai maximum de huit jours à compter de la demande, lorsque les données datent de moins de cinq ans. Ce délai peut être porté à deux mois lorsque les informations sont plus anciennes.
Dans le cadre d’une transmission du dossier médical entre médecins participant à la prise en charge du patient, la réactivité demeure essentielle afin de garantir la continuité des soins, notamment en situation d’urgence ou lors d’une hospitalisation.
La confidentialité et le secret médical
Le secret médical constitue l’un des principes fondamentaux de l’exercice médical. Il couvre l’ensemble des informations concernant le patient, qu’elles soient médicales, administratives ou personnelles. Tout professionnel intervenant dans la prise en charge est tenu à cette obligation de confidentialité. Une transmission du dossier médical non autorisée, excessive ou insuffisamment sécurisée peut constituer :
- un manquement déontologique ;
- une violation du RGPD ;
- une faute engageant la responsabilité civile ou pénale du professionnel.
La conservation d’une traçabilité des échanges est donc fortement recommandée.
Le partage du dossier médical entre médecins n’est pas automatique.
La jurisprudence administrative rappelle que seules les informations strictement nécessaires à la prise en charge du patient peuvent être transmises. Dans une décision du 22 août 2023 (Conseil d’État, n° 462636), le Conseil d’État a ainsi rappelé que la communication d’informations médicales couvertes par le secret professionnel doit demeurer strictement nécessaire et proportionnée. La seule qualité de professionnel de santé ne suffit donc pas à justifier l’accès au dossier médical d’un patient.
En revanche, lorsque plusieurs médecins participent effectivement au parcours de soins d’un même patient, l’échange d’informations médicales utiles à la continuité des soins est autorisé par l’article L. 1110-4 du Code de la santé publique, sous réserve que le patient soit informé de ce partage.
Points de vigilance lors de la transmission d’un dossier médical
Refus de transmission ou transmission tardive
Un refus injustifié de transmission de données de santé peut compliquer la prise en charge du patient et entraîner des conséquences médicales importantes. Le professionnel de santé doit traiter les demandes dans les délais prévus et justifier tout éventuel refus lorsqu’il existe un motif légal. Des retards répétés ou une absence de réponse peuvent engager la responsabilité du praticien ou de l’établissement concerné.
Transmission du dossier médical incomplète ou inappropriée
Une transmission de données de santé partielle peut empêcher le médecin destinataire de disposer des informations nécessaires au suivi du patient.
À l’inverse, communiquer des données sans lien avec la prise en charge peut constituer une atteinte au respect de la vie privée.
Le professionnel doit donc trouver un équilibre entre exhaustivité utile et pertinence des informations transmises. Un médecin ne peut pas transmettre l’intégralité d’un dossier contenant des informations sans lien avec la prise en charge concernée si seules certaines données sont utiles au confrère destinataire pour la continuité des soins.
Perte ou non-sécurisation du dossier
La perte d’un dossier médical ou son envoi via un canal non sécurisé peut entraîner une fuite de données de santé.
À titre d’exemple, l’envoi d’un compte rendu médical via une adresse électronique personnelle non sécurisée peut exposer le professionnel à une violation de données de santé au sens du RGPD. Cette situation peut également exposer le professionnel à des sanctions disciplinaires ou à des mesures de la CNIL en cas de violation des règles de protection des données personnelles.
La multiplication des cyberattaques contre les établissements de santé a conduit les autorités sanitaires et la CNIL à renforcer leurs recommandations concernant la sécurisation des échanges de données médicales. Les enjeux de sécurisation des données médicales se sont renforcés ces dernières années à la suite de plusieurs violations massives de données dans le secteur de la santé. En 2024, des cyberattaques ayant visé des opérateurs de tiers payant ont conduit à l’exposition des données personnelles de millions d’assurés sociaux, poussant la CNIL à rappeler l’importance des mesures de cybersécurité applicables aux données de santé.
Ces incidents ont également favorisé une recrudescence des campagnes de phishing usurpant l’identité de l’Assurance Maladie ou de professionnels de santé afin de récupérer des informations personnelles ou bancaires. La sécurisation des échanges de dossiers médicaux et l’utilisation de messageries de santé sécurisées constituent donc un enjeu majeur pour les professionnels de santé comme pour les patients.
Frais de consultation ou de transmission injustifiés
Le patient peut consulter son dossier médical gratuitement sur place.
Lorsque des copies ou un envoi sont demandés, seuls les frais correspondants au coût de reproduction et d’expédition peuvent être facturés. Des frais excessifs ou injustifiés sont contraires aux règles applicables.
Les droits du patient concernant son dossier médical
Le droit d’accès et de communication
Toute personne a le droit d’accéder aux informations concernant sa santé détenues par un professionnel ou un établissement de santé. Le patient peut :
- consulter son dossier sur place ;
- obtenir une copie ;
- demander la transmission à un autre professionnel de santé.
Le médecin ne peut pas s’opposer à cette demande, sauf exceptions prévues par la loi. Le patient conserve également le droit d’être informé sur les modalités de conservation et de transmission de ses données de santé.
Les ayants droit et l’accès au dossier après le décès
Après le décès d’un patient, certaines personnes peuvent demander l’accès au dossier médical dans des conditions strictement encadrées. Les ayants droit, le concubin ou le partenaire lié par un PACS peuvent obtenir certaines informations lorsqu’elles sont nécessaires :
- pour connaître les causes de la mort ;
- pour défendre la mémoire du défunt ;
- pour faire valoir leurs droits.
Le défunt peut toutefois avoir exprimé de son vivant une opposition à cette communication. Le professionnel de santé doit alors vérifier la recevabilité de la demande avant toute transmission.
Aspects juridiques et déontologiques de la transmission
Cadre légal et textes de référence
La transmission du dossier médical repose sur plusieurs textes encadrant à la fois le secret médical, les droits des patients et la protection des données personnelles. Les principales références juridiques sont notamment :
- l’article L.1110-4 du Code de la santé publique, qui encadre le secret médical partagé et les échanges d’informations entre professionnels participant à la prise en charge du patient ;
- les articles L.1111-7 et R.1111-1 à R.1111-8 du Code de la santé publique, relatifs au droit d’accès du patient à son dossier médical et aux délais de communication ;
- l’article R.4127-4 du Code de la santé publique (article 4 du Code de déontologie médicale), qui rappelle que le secret professionnel s’impose à tout médecin ;
- l’article R.4127-45 du Code de la santé publique, selon lequel le médecin doit transmettre aux praticiens participant aux soins les informations utiles à la continuité de la prise en charge ;
- le Règlement général sur la protection des données (RGPD), notamment son article 9 relatif au traitement des données de santé ;
- les recommandations de la CNIL concernant la sécurisation et la confidentialité des données médicales ;
- les dispositions des articles L.1111-13 à L.1111-24 du Code de la santé publique relatives à « Mon espace santé » et au partage numérique des données de santé.
Ces dispositions imposent aux professionnels de santé de garantir la confidentialité, la sécurité et la pertinence des informations transmises, tout en assurant la continuité des soins du patient.
Responsabilités des professionnels de santé
Le médecin qui transmet ou reçoit un dossier médical engage sa responsabilité professionnelle. Il doit notamment :
- vérifier la légitimité de la transmission ;
- respecter le secret médical ;
- sécuriser les échanges ;
- limiter les informations transmises à ce qui est nécessaire ;
- conserver une traçabilité des communications effectuées.
En cas de manquement, des sanctions disciplinaires, civiles ou pénales peuvent être prononcées. La violation du secret médical peut notamment engager la responsabilité disciplinaire du médecin devant l’Ordre des médecins, mais également entraîner des sanctions pénales prévues par l’article 226-13 du Code pénal. L’article 226-13 du Code pénal prévoit qu’une révélation d’une information à caractère secret par une personne qui en est dépositaire est punie d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende.
La transmission du dossier médical entre médecins constitue ainsi un acte courant de la pratique médicale, mais également une opération sensible nécessitant rigueur, confidentialité et respect du cadre légal.
Bonnes pratiques pour transmettre un dossier médical entre médecinsLa transmission d’un dossier médical nécessite de concilier continuité des soins, respect du secret médical et protection des données de santé. Plusieurs précautions permettent de sécuriser ces échanges. Avant toute transmission, le professionnel de santé doit vérifier l’identité du destinataire ainsi que sa participation effective à la prise en charge du patient. La seule qualité de médecin ne suffit pas à justifier l’accès à des informations médicales confidentielles. Le patient doit être informé du partage d’informations médicales le concernant et pouvoir exercer son droit d’opposition lorsque la réglementation le prévoit. Les documents transmis doivent être limités aux informations strictement nécessaires à la continuité des soins. Il convient d’éviter la communication excessive de données sans lien avec la prise en charge concernée. L’utilisation d’un canal sécurisé est essentielle. Les messageries MSSanté, les plateformes sécurisées des établissements de santé ou les outils intégrés à « Mon espace santé » permettent de mieux garantir la confidentialité des échanges. Enfin, il est recommandé de conserver une traçabilité des transmissions effectuées : date d’envoi, identité du destinataire, documents communiqués et mode de transmission utilisé. Cette précaution peut s’avérer utile en cas de contestation ou de contrôle. |
FAQ : transmission du dossier médical entre médecins
Un médecin peut-il transmettre un dossier médical sans accord écrit du patient ?
Oui, dans certains cas. Lorsque plusieurs professionnels de santé participent à la prise en charge d’un même patient, les informations strictement nécessaires à la continuité des soins peuvent être échangées sans accord écrit formel, conformément à l’article L.1110-4 du Code de la santé publique. Le patient doit toutefois être informé de ces échanges et peut s’y opposer. En revanche, lorsqu’un tiers demande l’accès au dossier médical ou lorsque la transmission intervient en dehors du parcours de soins, un consentement explicite peut être nécessaire.
Peut-on envoyer un dossier médical par mail ?
La transmission d’un dossier médical par une messagerie classique non sécurisée est fortement déconseillée. Les données de santé étant considérées comme des données sensibles au sens du RGPD, les échanges doivent être sécurisés. Les professionnels de santé privilégient généralement :
- les messageries sécurisées MSSanté ;
- les plateformes sécurisées des établissements de santé ;
- les outils intégrés à « Mon espace santé ».
L’utilisation d’un canal non sécurisé peut engager la responsabilité du professionnel en cas de violation de données.
Quels sont les délais pour transmettre un dossier médical ?
Lorsqu’un patient demande l’accès ou la transmission de son dossier médical, les informations doivent être communiquées dans un délai maximum de huit jours à compter de la demande, lorsque les données datent de moins de cinq ans. Ce délai peut être porté à deux mois lorsque les informations sont plus anciennes. Un délai minimal de réflexion de 48 heures peut également être appliqué avant la communication du dossier au patient.
Le patient peut-il demander l’envoi de son dossier à un autre médecin ?
Oui. Le patient peut demander qu’une copie de son dossier médical soit transmise au professionnel de santé de son choix. Le médecin ou l’établissement de santé doit alors procéder à cette transmission dans le respect des règles de confidentialité et de sécurisation des données médicales.
Quels risques en cas de violation du secret médical ?
Une transmission irrégulière du dossier médical peut entraîner :
- des sanctions disciplinaires devant l’Ordre des médecins ;
- une responsabilité civile en cas de préjudice subi par le patient ;
- des sanctions pénales ;
- des mesures de la CNIL en cas de violation des règles relatives aux données personnelles.
L’article 226-13 du Code pénal prévoit notamment qu’une révélation d’une information à caractère secret par une personne qui en est dépositaire est punie d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende.
Qui peut accéder au dossier médical après le décès d’un patient ?
Après le décès d’un patient, les ayants droit, le concubin ou le partenaire lié par un PACS peuvent obtenir certaines informations médicales dans des situations précises :
- connaître les causes du décès ;
- défendre la mémoire du défunt ;
- faire valoir leurs droits.
Le professionnel de santé doit toutefois vérifier que le défunt ne s’était pas opposé de son vivant à cette communication.
À retenir — 6 points clés sur la transmission du dossier médical entre médecins
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Sources :
- Code de la santé publique ;
- CNIL ;
- Conseil d’État, décision n°462636 du 22 août 2023 ;
- Agence du Numérique en Santé ;
- Service-public.fr
Publié le 08/06/2026