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L’agressivité des patients envers les soignants

L’agressivité des patients envers les soignantsEstimation du temps de lecture : 3min

 

Face à la Violence en Milieu de Santé : Mesures et Préventions pour les Soignants

Dans un contexte où le système de santé est confronté à des défis sans précédent,  le rapport sur les violences à l’encontre des professionnels de santé a été publié en début d’année par le Dr Jean-Christophe Masseron, Président de SOS Médecins France, et Nathalie Nion, Cadre Supérieure de Santé à l’APHP. Ce rapport met en lumière une crise silencieuse mais croissante : l’escalade des violences envers les professionnels de santé. S’étendant des agressions verbales aux attaques physiques, ce phénomène soulève des questions cruciales sur la sécurité et le bien-être de ceux qui sont en première ligne de notre système de soins.

 

Violences subies par les soignants : des chiffres alarmants

Le rapport Masseron fournit des statistiques préoccupantes : 37% des professionnels de santé hospitaliers disent subir régulièrement des agressions physiques, et ce chiffre s’élève à 84% pour les aides-soignants. Les données du Service Statistique Ministériel de la Sécurité Intérieure (SSMSI) sont sans équivoque : entre 2021 et 2022, les actes de violence, tels que les coups et blessures volontaires, ont augmenté de 15%, et les violences sexuelles de 11%. De plus, les médecins signalent une prévalence de violence (sur l’ensemble de leur carrière) de 24,4% à 59,3%, et les infirmières de 9,5% à 62,1%. Ces chiffres, bien que frappants, ne représentent que la partie visible de l’iceberg, compte tenu de la sous-déclaration généralisée de ces incidents.

 

« Cette violence quotidienne, souvent banalisée, est devenue une réalité insupportable pour beaucoup d’entre nous« , déclare un infirmier dans le rapport. Ces mots mettent en lumière la dure réalité vécue par les professionnels de santé, confrontés non seulement aux défis de leur travail mais aussi à un environnement parfois hostile.

 

Car c’est bien une réalité souvent méconnue qui se joue quotidiennement dans les couloirs des hôpitaux et des établissements de santé : la gestion délicate des violences émanant des patients ou de leurs accompagnants. Ces incidents, parfois déclenchés par des frustrations telles que le refus d’une ordonnance ou des délais d’attente, sont le reflet d’un système sous pression. Les professionnels de santé, confrontés à ces situations, se retrouvent dans une position complexe. D’une part, leur empathie et leur bienveillance les poussent à comprendre, voire à excuser ces comportements. D’autre part, cette même empathie peut les amener à minimiser ou ne pas déclarer des incidents qui, bien que semblant mineurs, s’accumulent pour créer un environnement de travail stressant et parfois dangereux.

Cette dynamique soulève des questions importantes sur la manière dont les violences en milieu de santé sont perçues et gérées. L’empathie, une qualité essentielle dans les soins, peut paradoxalement conduire à une tolérance des « petites violences », contribuant ainsi à une sous-déclaration et à une banalisation des incidents. Chez GPM, nous soutenons que quelque soit l’intensité ou le degré de l’incivilité à l’encontre du soignant, une  prise en charge  correcte est nécessaire, pour aider et soutenir les professionnels  victimes de violences. Afin de palier au mieux au problème d’agressivité des patients, le personnel du corps médical à besoin également de l’aide des autorités.

 

Vers des soins en sécurité : les 44 propositions du rapport

Face à cette crise, le rapport Masseron propose 44 mesures concrètes pour améliorer la sécurité des professionnels de santé. Parmi celles-ci, on trouve la nécessité de renforcer les politiques de prévention, d’améliorer les flux de patients et leur parcours dans les unités de soins, et de former les personnels d’accueil à une meilleure communication. Il est également suggéré de créer des environnements apaisants et de financer le déploiement d’expertises complémentaires dans les structures les plus à risque. D’autres propositions incluent l’amélioration de la délivrance d’informations aux patients et à leurs proches, la collaboration avec les patients pour renforcer le sentiment de sécurité, et la mise en place de recommandations nationales en matière de sécurité bâtimentaire. Ces propositions visent à créer un environnement de travail plus sûr et plus respectueux pour les professionnels de santé.

Le rôle du CNOM, du CNOP et du CNOI est crucial dans la lutte contre la violence. Ces organismes ne se contentent pas de recenser et d’analyser les cas de violences, mais jouent également un rôle actif dans la prévention et le soutien aux professionnels victimes d’agressions.

Ce rapport n’est pas seulement un appel à la prise de conscience, mais aussi un cri d’alarme pour une action immédiate. En protégeant nos professionnels de santé, nous ne faisons pas seulement un investissement dans leur bien-être, mais aussi dans la pérennité et l’efficacité de notre système de santé. Il est temps d’agir pour transformer ces paroles en actions concrètes.

*Jean-Christophe Masseron, Nathalie Nion, « Rapport sur les violences à l’encontre des professionnels de santé ». Ce rapport a été remis au ministre de la Santé et de la Prévention et à la ministre de l’Organisation territoriale et des Professions de santé le 8 juin 2023.

 

Les infirmiers particulièrement exposés aux violences des patients

Les violences envers les soignants constituent une réalité bien documentée dans le système de santé. Les infirmiers et infirmières figurent parmi les professionnels les plus exposés, notamment en raison de leur contact direct et régulier avec les patients, de l’exercice à domicile pour les infirmiers libéraux et de la prise en charge de situations d’urgence ou de détresse.

Afin de mieux mesurer l’ampleur du phénomène, l’Ordre national des infirmiers (ONI) a mis en place l’Observatoire de la sécurité des infirmiers et infirmières (OSSI). Selon les données publiées par l’Ordre, 2 301 signalements de violences ont été recensés entre le 1er janvier 2023 et le 31 décembre 2025, dont 904 pour la seule année 2025. Ces situations recouvrent différentes formes de violences : agressions verbales, menaces, violences physiques, mais aussi violences sexistes et sexuelles.

Une enquête menée par l’Ordre national des infirmiers auprès de 21 000 professionnels fin 2024 montre par ailleurs que près d’un infirmier sur deux (49 %) déclare avoir déjà été confronté à des violences sexistes ou sexuelles au cours de son parcours. Dans un cas sur trois, ces violences ont eu un impact sur la santé des victimes et 12 % des professionnels concernés déclarent avoir changé de secteur d’activité à la suite de ces faits.

Face à cette situation, l’Ordre national des infirmiers a lancé le 20 janvier 2026 une campagne nationale de sensibilisation intitulée « #ToléranceZéro », visant à renforcer la prévention des violences envers les infirmiers et à améliorer l’accompagnement des victimes.

Plusieurs actions sont mises en avant :

 

Comment réagir face à un patient agressif ?

La gestion d’un patient agressif fait partie des situations auxquelles peuvent être confrontés les professionnels de santé. Plusieurs réflexes permettent de limiter les risques et de préserver la sécurité des soignants.

Il est d’abord recommandé de maintenir une attitude calme et professionnelle afin d’éviter toute escalade de la tension. Une communication posée et une posture adaptée peuvent contribuer à désamorcer certaines situations conflictuelles.

Le professionnel doit également veiller à conserver une distance de sécurité et rester attentif à son environnement. Lorsque la situation devient menaçante, il est essentiel de se mettre en sécurité et d’interrompre la prise en charge si nécessaire.

Pour les infirmiers exerçant à domicile, la vigilance est particulièrement importante. En cas de danger, il peut être nécessaire de quitter le domicile du patient et de signaler immédiatement les faits.

Le signalement constitue en effet une étape essentielle. Les infirmiers peuvent déclarer les violences auprès de leur établissement, de leur employeur ou de leur ordre professionnel. L’Ordre national des infirmiers met notamment à disposition un dispositif d’accompagnement permettant d’orienter les victimes vers des référents formés et de faciliter leurs démarches.

En cas d’agression ou de menace grave, un dépôt de plainte auprès de la police ou de la gendarmerie peut être envisagé afin de permettre l’engagement de poursuites.

 

Formation « Gestion des conflits et prévention des agressions en milieu hospitalier »

Pour répondre à la hausse des violences en milieu hospitalier, le Fonds de dotation Villa M, soutenu par Groupe Pasteur Mutualité, a développé une formation spécifique : « Gestion des conflits et prévention des agressions en milieu hospitalier ». Cette initiative vise à équiper les soignants avec des compétences essentielles pour faire face à des situations de crise.

Cette formation est animée par d’anciens membres du RAID et du G.I.P.N. Elle met l’accent sur l’écoute active, l’analyse des situations conflictuelles, et la communication efficace. Elle inclut des techniques de communication verbale et non-verbale, la gestuelle positive, et des stratégies pour anticiper et désamorcer les tensions.

Pour découvrir plus en détail cette formation innovante et les opportunités qu’elle offre aux professionnels de santé en matière de sécurité et de bien-être, rendez-vous sur groupepasteurmutualité.

Vous pouvez également suivre la formation DPC « Gestion de l’agressivité des patients et de leur entourage » de notre organisme M-Soigner.

 

Soucieux du bien-être de nos professionnels de la santé, nous vous recommandons également de prendre connaissance de notre programme de prévention ou d’accompagnement pour professionnels de santé en difficultés.

 

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