Mois sans tabac : situation et perspectives
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Temps de lecture : 5 min
Dans un service hospitalier, une officine ou un cabinet libéral, la bascule vers une consommation problématique de substances psychoactives est rarement brutale : elle est progressive, silencieuse, nourrie par le stress et l’épuisement.
Retards répétés, irritabilité, isolement, erreurs inhabituelles, passages fréquents en dehors des horaires habituels sont autant de signaux faibles qui peuvent traduire l’installation de conduites addictives chez un professionnel de santé.
Longtemps restées dans l’angle mort, les addictions des soignants sont désormais reconnues comme un véritable risque professionnel, au croisement de la santé au travail, de la qualité des soins et de la sécurité des patients.
Les conduites addictives chez les professionnels de santé restent mal documentées en France, même si les études disponibles suggèrent des niveaux de consommation de substances globalement proches de ceux de la population générale.
Ce qui change, c’est le contexte : horaires atypiques, charge émotionnelle élevée, exposition répétée à la souffrance et parfois accès facilité à certaines drogues et médicaments psychoactifs.
Dans ce milieu, une consommation de substances psychoactives peut rapidement dépasser l’usage « occasionnel » pour devenir une stratégie de régulation émotionnelle inefficace, avec un impact direct sur la santé du soignant et sur la sécurité des patients.
Chez les soignants, l’alcool et le tabac restent les substances les plus fréquemment retrouvées, mais la consommation de cannabis, de psychostimulants, d’opioïdes, de benzodiazépines et d’hypnotiques est également rapportée.
Certaines consommations s’installent sous couvert de performance ou de récupération : « pour dormir après la garde », « pour tenir le rythme », puis « pour fonctionner normalement ».
À côté des drogues et médicaments, les addictions comportementales (jeux, écrans, achats, usage problématique des réseaux sociaux) peuvent aussi prendre une place importante, même si elles restent moins visibles dans les structures de soins.
La surcharge de travail, le sous‑effectif, la pression organisationnelle, les conflits d’équipe et la confrontation quotidienne à la souffrance ou à la mort constituent un terrain propice au recours aux substances psychoactives.
Pour certains soignants, la consommation devient une tentative d’auto‑médication (anxiété, troubles du sommeil, épuisement), qui expose au risque d’addiction et à la dégradation progressive de la qualité de vie.
Sur le plan professionnel, les conséquences se traduisent par une désorganisation du travail, des erreurs, une irritabilité ou un retrait progressif de l’équipe, tandis que la honte et la peur de la stigmatisation renforcent l’isolement.
Les études de santé constituent une période de vulnérabilité importante : intensité du travail, nuits de garde, forte compétition, culture de l’endurance, parfois banalisation de la consommation d’alcool ou de psychostimulants.
L’alcool, en particulier, joue un rôle ambivalent, à la fois vecteur de convivialité et facteur de risque de conduites addictives, notamment lors de soirées étudiantes ou de temps informels d’équipe.
Les Services interuniversitaires de médecine préventive et de promotion de la santé (SIMPPS) proposent des consultations, des actions de sensibilisation et un accompagnement des étudiants en santé sur les addictions, la consommation de substances psychoactives et la santé mentale.
Le service sanitaire des étudiants en santé constitue également un levier pédagogique : en participant à des actions de prévention et de réduction des risques, les étudiants sont amenés à interroger leurs propres pratiques de consommation.
Malgré ces ressources, les internes restent souvent à la frontière des dispositifs de prévention et d’accompagnement, ni totalement intégrés aux services de santé au travail ni pleinement suivis comme étudiants.
Parler des addictions comme d’un risque professionnel et non comme d’une faute morale ou d’une faiblesse individuelle est la première étape pour lever le tabou et favoriser l’accès à l’accompagnement.
Les actions de prévention primaire en addictologie doivent s’inscrire dans la durée : sensibilisation des équipes, formation initiale et continue, information sur les risques liés à la consommation de substances, culture de réduction des risques dans les structures de soins.
Intégrer la question des conduites addictives dans les échanges de service, les temps de formation, les évaluations des risques professionnels permet de normaliser le sujet et de repérer plus tôt les situations à risque.
Un changement de comportement ne suffit pas à poser un diagnostic d’addiction, mais doit inviter à ouvrir le dialogue, de manière bienveillante, dans un cadre professionnel clair et sécurisé.
L’objectif n’est pas de surveiller, mais de proposer un repérage précoce des consommations à risque et un accompagnement adapté, en lien avec la médecine du travail, les services de santé mentale et les structures d’addictologie.
La formation des encadrants et des équipes aux outils de repérage précoce–intervention brève (RPIB alcool, entretiens motivationnels, questionnaires standardisés) est un levier concret pour limiter l’escalade des conduites addictives.
Lorsque l’addiction est installée, l’enjeu est double : permettre un accès rapide aux soins (consultation spécialisée, prise en charge en addictologie, soutien psychologique) et sécuriser l’exercice professionnel pour le soignant et pour les patients.
L’accompagnement doit être global : médical, psychologique, social et professionnel, avec, lorsque c’est nécessaire, un aménagement ou une interruption temporaire d’activité dans un cadre clair et respectueux.
Rompre l’isolement est déterminant : la mise en lien avec des structures spécialisées, des dispositifs d’accompagnement entre pairs et des ressources internes à l’établissement contribue à réduire les risques de rechute et à soutenir la reprise d’activité.
Dans les structures employeuses (établissements de santé, centres de santé, maisons de santé, cabinets, associations), les conduites addictives relèvent de la prévention des risques professionnels et doivent figurer dans le document unique d’évaluation des risques (DUER).
Le DUER est obligatoire dès l’embauche du premier salarié, quel que soit son contrat ou son temps de travail, et s’applique à toutes les structures, y compris les cabinets libéraux et les petites associations.
Il doit être réalisé à l’embauche, puis mis à jour en cas de changement significatif des conditions de travail ou au moins une fois par an lorsque la réglementation l’exige, en incluant les risques liés à la consommation de substances psychoactives.
Une démarche efficace de prévention des addictions en milieu de soins repose sur :
Le Programme M, porté par Groupe Pasteur Mutualité, s’adresse aux professionnels de santé, internes et étudiants confrontés à une situation de souffrance psychique, d’épuisement professionnel, de conduites addictives ou de difficultés impactant l’exercice.
Son originalité repose sur une approche confraternelle : écoute entre pairs, anonymat, confidentialité et orientation vers des solutions de soin et d’accompagnement adaptées, y compris en addictologie.
Ce dispositif complète utilement les ressources internes des structures (médecine du travail, psychologues, cellules de soutien) en offrant un espace extérieur, sécurisé et centré sur la réduction des risques pour le soignant et ses patients.
Programme M, en pratique :
Contact : https://www.programme-m.fr/ – 01 40 54 53 77.
Les conduites addictives chez les professionnels de santé ne sont ni marginales ni honteuses ; elles s’installent souvent à bas bruit, sur un terrain d’épuisement, de solitude et de forte exposition aux risques.
Les prévenir suppose de reconnaître la réalité de la consommation de substances psychoactives dans le secteur de la santé, d’inscrire ce risque dans le DUER, de mobiliser les structures d’addictologie et les dispositifs d’accompagnement disponibles, et d’oser aborder le sujet au sein des équipes.
Le Programme M, les réseaux associatifs et les services de santé au travail offrent aujourd’hui des ressources concrètes pour un accompagnement confidentiel et une véritable réduction des risques, à condition d’oser les solliciter.
Sources : Addictions-France.org ; Has-sante.fr ; Sante.gouv.fr ; Addictaide.fr ; Programme-m.fr
Publié le 02/02/2025Mois sans tabac : situation et perspectives
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