Internes et jeunes médecins : des débuts de carrière sous tension

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Entre formation universitaire et exercice à l’hôpital, l’internat constitue une période charnière du parcours des futurs médecins. Encore étudiant, l’interne est aussi un professionnel en formation qui participe pleinement à l’activité hospitalière et assume des responsabilités médicales croissantes.
Cette position particulière n’est pas toujours simple à concilier. Organisation du travail, conditions de formation, relations avec l’institution, choix de spécialité ou perspectives professionnelles peuvent être sources de difficultés.
Le rapport d’activité 2025 de la Médiation nationale pour les personnels des établissements publics de santé, sociaux et médico-sociaux en apporte un éclairage particulier. Les étudiants en santé, les internes et les jeunes professionnels occupent une place croissante parmi les situations qui lui sont soumises. Le rapport consacre d’ailleurs un focus spécifique aux internes, notamment en médecine.
Que nous apprend ce rapport sur les difficultés rencontrées au début d’une carrière médicale ?
Pourquoi les premières années d’exercice sont-elles une période sensible ?
Le passage du statut d’étudiant à celui de professionnel de santé
L’internat occupe une place singulière dans les études de médecine. L’interne poursuit sa formation universitaire tout en exerçant des fonctions au sein d’un établissement de santé.
Il est donc à la fois étudiant et professionnel en formation. Le rapport de la Médiation nationale souligne cette double appartenance universitaire et hospitalière : les internes poursuivent leur spécialisation médicale tout en assurant une part de l’activité des établissements.
Cette particularité du statut de l’interne peut être approfondie dans notre article consacré au statut de l’interne en médecine.
Des responsabilités médicales croissantes au cours de la formation
Au fil de son cursus, l’interne acquiert progressivement davantage d’autonomie. Il participe à la prise en charge des patients et voit ses responsabilités cliniques augmenter, tout en restant placé dans un cadre de formation et d’encadrement.
La Médiation nationale décrit ainsi un équilibre parfois délicat entre autonomie professionnelle progressive et encadrement académique, mais également entre responsabilité clinique croissante et statut encore étudiant.
L’apprentissage ne porte donc pas uniquement sur les compétences médicales. Il implique également de trouver progressivement sa place dans une équipe, de comprendre le fonctionnement de l’hôpital et de composer avec ses contraintes organisationnelles.
Une articulation parfois difficile entre formation et contraintes hospitalières
Les objectifs pédagogiques de l’internat et les nécessités de fonctionnement des services ne coïncident pas toujours.
La Médiation nationale identifie notamment une tension possible entre les exigences pédagogiques et les contraintes de service.
Charge clinique, organisation du travail, disponibilité de l’encadrement ou encore décisions universitaires peuvent ainsi affecter les conditions dans lesquelles l’interne poursuit sa formation.
Les jeunes professionnels de santé de plus en plus présents dans les saisines de la médiation
Le rapport 2025 fait apparaître une évolution notable : les jeunes professionnels et les étudiants en santé prennent une place croissante dans l’activité de la Médiation nationale.
Les 20-30 ans représentent 29 % des saisines en 2025
Les 20-30 ans représentent 29 % des saisines enregistrées en 2025, contre 19 % en 2024.
Le rapport constate ainsi un rajeunissement marqué des personnes concernées par les saisines. Cette évolution est notamment associée aux étudiants en santé, aux internes et aux professionnels en début de carrière.
Les étudiants et internes représentent 41 % des personnels médicaux concernés
La tendance apparaît également lorsque l’on s’intéresse spécifiquement aux personnels médicaux.
En 2025, les étudiants et internes représentent 41 % des personnels médicaux concernés, contre 30 % en 2024. Leur part progresse ainsi de 11 points en une seule année.
La Médiation nationale constate en particulier une augmentation des saisines émanant des internes en médecine.
Une hausse des saisines qui ne signifie pas nécessairement davantage de conflits
Ces chiffres doivent néanmoins être interprétés avec prudence.
L’augmentation des saisines ne signifie pas nécessairement que les internes rencontrent davantage de conflits qu’auparavant. Le rapport observe également une meilleure connaissance des mécanismes de régulation institutionnelle : les internes hésitent moins à les solliciter lorsque les difficultés ne peuvent plus être réglées localement.
La Médiation nationale constate ainsi une expression plus précoce des difficultés et une recherche accrue de solutions non contentieuses.
Quelles difficultés rencontrent les internes en médecine ?
Les situations remontées à la Médiation nationale permettent de mieux comprendre les difficultés auxquelles certains internes peuvent être confrontés.
Et contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, elles ne relèvent pas principalement de conflits individuels.
Organisation du travail, charge clinique et conditions de formation
Une part importante des difficultés identifiées est de nature institutionnelle.
Sur le plan universitaire, le rapport cite notamment les conditions de formation, les réformes et réorganisations ou encore le manque de concertation pédagogique.
À l’hôpital, les difficultés concernent notamment l’organisation du travail et la charge clinique au regard des effectifs, mais aussi les modalités de management et les objectifs d’activité.
Des tensions entre exigences pédagogiques et contraintes de service
Le double statut de l’interne peut également créer des tensions entre les impératifs de sa formation et les besoins du service dans lequel il exerce.
La Médiation nationale relève notamment une inadéquation entre exigences pédagogiques et contraintes de service ainsi que des décisions administratives ou universitaires parfois perçues comme trop descendantes.
Les difficultés strictement interpersonnelles restent en revanche minoritaires et apparaissent souvent dans un contexte organisationnel plus large.
Reconnaissance et perte de sens
Au-delà de la charge de travail et des conditions de formation, certaines difficultés concernent la manière dont les internes vivent leur place dans l’organisation hospitalière.
La Médiation nationale relève notamment un déficit de reconnaissance, un sentiment de perte de sens, un malaise face aux logiques gestionnaires ou encore une tension entre les objectifs d’activité et la qualité des soins.
Des objectifs perçus comme imposés sans véritable dialogue peuvent également nourrir ce décalage entre les attentes des jeunes médecins et le fonctionnement institutionnel.
Des difficultés davantage institutionnelles que strictement interpersonnelles
Les difficultés rencontrées ne se résument pas à une mésentente avec un chef de service ou un autre membre de l’équipe. La Médiation nationale relève surtout des situations liées au fonctionnement même de la formation et de l’hôpital :
- charge clinique difficilement compatible avec les effectifs disponibles,
- objectifs d’activité imposés sans véritable dialogue,
- manque de concertation pédagogique
- ou encore décalage entre les exigences de la formation et les contraintes du service.
Certaines décisions administratives ou universitaires peuvent également être vécues comme trop descendantes par les internes.
Ces difficultés peuvent se manifester dès les premières affectations en stage, lorsque le jeune médecin doit simultanément s’adapter à un nouvel environnement professionnel, acquérir les codes de l’institution et assumer progressivement davantage de responsabilités. Le rapport souligne d’ailleurs que les difficultés strictement relationnelles restent minoritaires et s’inscrivent presque toujours dans un contexte organisationnel plus large.
Changement de spécialité ou de subdivision : les principales demandes des internes
Une autre dimension ressort fortement du rapport : les internes qui sollicitent la Médiation nationale le font fréquemment pour tenter de faire évoluer leur parcours.
Le changement de subdivision, première demande adressée à la médiation
En 2025, le changement de subdivision représente 33 % des demandes initiales des internes prises en charge au niveau national.
Il reste ainsi le premier motif recensé, même si sa part diminue par rapport à 2024, où il représentait 41 % des demandes.
Les demandes de changement de spécialité ont plus que doublé en un an
Parmi les situations d’internes dont est saisie la Médiation nationale, les demandes de changement de spécialité représentent 29 % des dossiers en 2025, contre 13 % en 2024, soit une hausse de 16 points.
Cette progression doit toutefois être correctement interprétée. La Médiation nationale n’intervient pas dans la procédure normale de changement de spécialité. Elle peut être sollicitée lorsque la demande rencontre des difficultés particulières, notamment en raison de divergences d’interprétation ou de mise en œuvre des règles. Le rapport relève ainsi que certaines demandes de changement de spécialité ou de subdivision qui lui parviennent interviennent dans un contexte d’urgence et ne bénéficient pas toujours d’un cadre suffisamment lisible ou harmonisé.
Pour la Médiation nationale, ces demandes traduisent notamment des inadéquations de parcours et une volonté d’ajustement professionnel plutôt que de rupture avec la formation médicale.
Le droit au remords, une possibilité de réorientation du parcours
Pour certains internes souhaitant changer de spécialité, la réorientation peut notamment passer par le droit au remords. Ce dispositif permet, sous certaines conditions, de revenir sur le choix de spécialité effectué lors de l’affectation en troisième cycle.
Parmi les changements de spécialité examinés par la Médiation nationale en 2025, 36 % concernent un recours au droit au remords élargi, avec plusieurs situations de second recours.
| Essentiel à retenir : Qu’est-ce que le droit au remords des internes en médecine ?
Choisir sa spécialité à l’issue de la procédure nationale d’affectation n’est pas nécessairement irréversible. Le droit au remords permet à un interne, sous certaines conditions, de changer de spécialité au cours de son troisième cycle. Ce dispositif existait déjà avant la réforme du 3ème cycle des études médicales de 2017, qui l’a réorganisé dans le nouveau cadre des diplômes d’études spécialisées (DES). Son exercice est encadré, notamment en fonction de l’avancement de l’interne dans son cursus, de son classement initial et des capacités de formation disponibles dans la spécialité souhaitée. Face à ces difficultés, la Médiation nationale recommande d’harmoniser les pratiques au niveau national. Elle propose également d’intégrer dans le droit la possibilité d’un second droit au remords pour changer de spécialité, qui pourrait exceptionnellement être accompagné d’un changement de subdivision dûment justifié. |
Des situations qui peuvent conduire à des ruptures de parcours
Les difficultés rencontrées par certains internes peuvent dépasser le seul cadre de leur organisation professionnelle ou de leur orientation.
84 % des situations prises en charge sont considérées comme majeures
Parmi les situations d’internes prises en charge au niveau national en 2025, 84 % sont considérées comme majeures, contre 14 % de situations modérées et 2 % de situations mineures.
Ce chiffre ne signifie évidemment pas que 84 % des internes rencontrent des difficultés majeures.
La Médiation nationale intervient précisément sur des situations particulières, souvent après l’apparition de difficultés importantes. Ces données ne peuvent donc pas être extrapolées à l’ensemble des quelque 30 000 internes en exercice.
Des difficultés professionnelles susceptibles d’affecter la santé
Les difficultés professionnelles peuvent néanmoins entraîner des répercussions sur la santé.
Le rapport rappelle que les conflits interpersonnels ou organisationnels peuvent trouver leur origine dans la surcharge, les malentendus, une reconnaissance insuffisante ou la perte de sens, autant de facteurs susceptibles de participer aux risques psychosociaux.
Pour les internes et étudiants en santé, la question de la santé mentale constitue d’ailleurs un enjeu spécifique. GPM lui consacre un article dédié : Internes et étudiants en santé : préserver et régénérer votre santé mentale.
Prévenir les ruptures de parcours et les abandons de formation
Dans certaines situations, l’accumulation des difficultés peut aller jusqu’à remettre en question la poursuite de la formation.
L’enjeu est donc d’intervenir suffisamment tôt pour éviter qu’un problème de formation, d’organisation, d’orientation ou de relations professionnelles ne conduise à une rupture de parcours.
La prévention et la régulation précoces sont particulièrement importantes pour les situations mêlant difficultés institutionnelles et relationnelles, susceptibles de se transformer en conflits plus graves.
Comment mieux accompagner les internes et jeunes professionnels ?
À partir de ces constats, le rapport d’activité 2025 formule plusieurs pistes destinées à prévenir les difficultés rencontrées par les étudiants en santé et les jeunes professionnels.
Renforcer l’accompagnement dès les premières affectations
L’entrée dans un nouveau service ou une nouvelle étape de formation constitue une période où l’accompagnement joue un rôle particulièrement important.
L’objectif est notamment de permettre aux internes de disposer suffisamment tôt d’interlocuteurs capables de répondre à leurs interrogations et de détecter d’éventuelles difficultés.
Former à la communication et à la gestion des conflits
La Médiation nationale souhaite également développer une véritable culture de la relation et du règlement amiable des conflits auprès des professionnels et étudiants en santé.
Le rapport fait de la formation et de la sensibilisation à la conciliation et à la médiation l’un de ses axes de travail.
L’enjeu est d’intervenir avant que des incompréhensions ou des tensions ne se transforment en conflits durables.
Développer le tutorat et identifier plus rapidement les situations difficiles
Le tutorat et l’identification précoce des difficultés constituent également des leviers de prévention.
Il s’agit notamment de repérer les situations dans lesquelles les difficultés pédagogiques, professionnelles ou personnelles risquent de compromettre la poursuite du parcours.
La médiation peut alors constituer l’un des outils mobilisables lorsque les mécanismes locaux ne permettent plus de trouver une solution.
Faciliter et harmoniser les possibilités de réorientation
Enfin, les chiffres concernant les changements de subdivision ou de spécialité montrent que la réorientation constitue un véritable enjeu pour certains internes.
Une meilleure lisibilité des possibilités existantes et une harmonisation des pratiques pourraient permettre de traiter certaines difficultés avant qu’elles ne conduisent à une impasse.
Le rapport 2025 invite finalement à porter un regard nuancé sur l’augmentation des saisines concernant les jeunes médecins. Elle révèle des difficultés réelles, mais aussi une évolution de leur rapport au travail et une meilleure connaissance des possibilités de recours.
Entre formation universitaire, responsabilités médicales et intégration dans les équipes hospitalières, l’internat reste une période de transition particulièrement dense. Identifier suffisamment tôt les difficultés et permettre aux jeunes médecins de trouver des interlocuteurs ou, lorsque cela est nécessaire, de faire évoluer leur parcours constitue dès lors un enjeu essentiel pour prévenir les ruptures de formation.
Essentiel à retenir — 6 points clés sur les débuts de carrière des internes et jeunes médecins
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Source :
Rapport d’activité 2025 de la Médiation nationale pour les personnels des établissements publics de santé, sociaux et médico-sociaux, remis le 28 juillet 2026 aux ministres chargés de la santé et des affaires sociales.
Publié le 14/09/2026