Réforme des EVC 2025 pour les médecins PADHUE : entre avancées réglementaires et points de vigilance

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Après une grève de la faim lancée en mars 2025, deux décrets sont venus modifier le cadre juridique d’intégration des praticiens à diplôme hors Union européenne (PADHUE). Objectif affiché : sécuriser leur parcours professionnel tout en répondant aux besoins de renforcement de l’offre de soins sur le territoire.
Initiée le 5 mars 2025 par l’association IPADECC, la grève de la faim a mobilisé plusieurs centaines de médecins PADHUE. Selon l’association, 297 praticiens ont participé à ce mouvement visant à alerter sur les difficultés rencontrées dans le cadre des épreuves de vérification des connaissances (EVC). Le jeûne a été suspendu au bout de douze jours pour raisons sanitaires, sans pour autant marquer la fin des revendications exprimées.
Dans ce contexte, le ministre délégué à la Santé Yannick Neuder avait annoncé une série d’ajustements. Parmi les mesures évoquées : la création d’une voie d’évaluation interne pour les PADHUE déjà en exercice en France, ainsi qu’une volonté d’associer les responsables hospitaliers et universitaires au processus de validation des compétences. Ces annonces se sont concrétisées par la publication des décrets du 28 mai 2025.
Une voie interne officielle pour les EVC
Le décret n°2025-468 institue une double voie d’accès aux épreuves de vérification des connaissances :
- La voie externe, destinée aux titulaires d’un diplôme permettant d’exercer dans leur pays d’origine.
- La voie interne, réservée aux praticiens déjà en exercice sur le territoire français et remplissant certaines conditions d’expérience professionnelle. Trois situations ouvrent droit à cette voie :
- Être autorisé à exercer en vertu de l’article L.4111-2-1 et en poste au moment du dépôt du dossier.
- Justifier de deux années d’exercice professionnel à temps plein au cours des trois dernières années.
- Exercer dans un territoire d’outre-mer au titre de l’article L.4131-5 du Code de la santé publique.
L’épreuve prévue dans le cadre de la voie interne se présente sous la forme d’un test écrit et anonyme portant sur les connaissances fondamentales. Des jurys nationaux distincts sont institués pour chacune des deux voies, par profession et spécialité.
Un cadre plus structuré pour le parcours de consolidation
Le décret n°2025-467 introduit par ailleurs des aménagements du parcours de consolidation des compétences post-EVC. Ce parcours doit être réalisé au sein d’établissements sanitaires habilités, dans la spécialité correspondant à la demande d’autorisation d’exercice. Il prévoit notamment :
- Une inscription obligatoire à l’université dans une unité de formation correspondant à la filière du praticien.
- Un recensement des lieux de stage par les ARS et des candidatures directes des lauréats auprès des établissements.
- Une possibilité de solliciter une autorisation d’exercice anticipée après six mois de stage, sous conditions.
- Une procédure de suspension temporaire en cas de difficultés avérées dans l’exercice des fonctions confiées.
Ces éléments visent à renforcer le suivi des parcours et à mieux encadrer les phases transitoires d’intégration professionnelle.
Des interrogations exprimées par les représentants de PADHUE
Certains représentants des praticiens concernés ont toutefois exprimé des réserves sur la mise en œuvre concrète des textes. Le Dr Abdelhalim Bensaidi, président de l’association IPADECC, s’est notamment exprimé sur le réseau LinkedIn en ces termes :
« Ce décret reste flou et suscite de nombreuses interrogations. Notamment, le nombre de postes ouverts dans chaque spécialité sera-t-il différent selon qu’il s’agisse de la voie interne ou de la voie externe ? Ou bien s’agira-t-il de postes à se partager entre les deux voies ? Y aura-t-il suffisamment de postes pour la voie interne afin de permettre la régularisation d’un maximum de PADHUE ? »
Il a également soulevé la question des critères de notation, encore à la discrétion des jurys, ainsi que l’absence à ce jour de supports de préparation spécifiques.
Ces éléments reflètent certaines attentes de clarification de la part des praticiens, en particulier sur la répartition des places, les seuils de réussite et les moyens de préparation aux épreuves.
Quel impact pour les établissements et les territoires ?
La mise en place de ces dispositifs pourrait contribuer à une meilleure lisibilité du parcours des PADHUE pour les agences régionales de santé et les établissements de santé. En reconnaissant l’expérience acquise sur le territoire national, la voie interne vise à favoriser la stabilité des effectifs médicaux, en particulier dans les zones en tension.
Il conviendra cependant de s’assurer que les moyens opérationnels, notamment universitaires, seront en adéquation avec le nombre de candidats concernés. Le suivi des effets de la réforme sur la démographie médicale devra faire l’objet d’un suivi attentif.
Une réforme structurante, à suivre dans sa mise en œuvre
La création d’une voie interne aux EVC constitue une évolution notable du dispositif d’accès à l’exercice pour les praticiens à diplôme hors UE. Elle s’inscrit dans une logique de reconnaissance de l’expérience professionnelle acquise en France, tout en maintenant un cadre d’évaluation harmonisé.
Des ajustements pourraient toutefois être nécessaires au regard des premiers retours de terrain. Une attention particulière devra être portée à l’information des candidats, à l’équité des conditions de préparation et à la coordination entre acteurs institutionnels.
Les prochaines sessions d’EVC permettront d’en mesurer les effets concrets sur l’intégration des PADHUE dans le système de santé français.
Publié le 28/07/2025