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Au cœur de l’ISNAR-IMG

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Interview d’Atika Bokhari, présidente nationale de la structure sur le mandat 2025/2026
Interne en médecine générale dans la subdivision Loire-Atlantique – Vendée, Atika Bokhari est actuellement présidente nationale de l’ISNAR-IMG, l’Intersyndicale Nationale Autonome Représentative des Internes de Médecine Générale.
À mi-mandat, elle revient sur son engagement, les enjeux actuels des internes et le renouvellement du partenariat historique entre l’ISNAR-IMG et le Groupe Pasteur Mutualité.
Pouvez-vous nous expliquer ce que recouvre concrètement la fonction de présidente nationale de l’ISNAR-IMG ?
Une mission de cohésion et de représentation
La fonction s’articule autour de deux grandes missions.
La première est une mission de fédération. Le bureau national rassemble une vingtaine d’internes issus de toute la France. Chacun exerce en parallèle son activité d’interne, avec des semaines souvent très chargées. Mon rôle est de maintenir une cohésion, de faire en sorte que chacun trouve sa place et que nous avancions collectivement, en restant fidèles aux valeurs de l’ISNAR-IMG.
La seconde mission est une mission de représentation. Je suis la porte-parole des internes de médecine générale auprès des institutions, des ministères, de la Direction générale de l’offre de soins, des collèges universitaires, mais aussi auprès de la presse et du grand public.
Concrètement, cela signifie répondre à de nombreuses sollicitations, participer à des groupes de travail, à des congrès, à des tables rondes, et porter une parole construite à partir des travaux et des enquêtes menés par les internes. À chaque prise de parole, il s’agit de refléter leur réalité de terrain.
Enfin, il y a un travail de fond permanent : informer les représentants locaux, faire remonter les préoccupations des internes et assurer une circulation fluide des informations au niveau national.
Un congrès devenu incontournable
Parmi les temps forts du mandat, le congrès national occupe une place centrale. La 26e édition, organisée en janvier, a rassemblé entre 700 et 800 internes venus de toute la France.
Ce rendez-vous annuel est un moment d’échanges professionnels et scientifiques, à travers des ateliers et des tables rondes animés par des experts. C’est aussi un moment de convivialité rare dans un cursus souvent exigeant et fragmenté.
L’organisation d’un tel événement représente un travail considérable pour le bureau national, avec le soutien précieux de l’équipe salariée de l’ISNAR-IMG.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous engager à ce niveau pendant votre internat ?
Un engagement né d’une responsabilité collective
J’avais déjà un engagement associatif, notamment pour développer l’ouverture internationale de la formation. Mais mon engagement à l’ISNAR-IMG est né d’une conviction plus profonde : la nécessité de défendre nos études et de rappeler que les internes sont des acteurs de première ligne.
Au-delà des décisions qui concernent directement la formation, les internes sont confrontés aux réalités d’accès aux soins, aux conditions d’exercice et aux évolutions du système de santé. Leur regard est lucide, ancré dans le terrain, et il est essentiel qu’il soit entendu.
Comment décririez vous la dynamique actuelle de l’ISNAR-IMG ?
Une dynamique collective forte à mi-mandat
La dynamique est marquée par une grande bienveillance et une force de travail impressionnante. Je vois des internes consacrer leurs soirées, après leur journée de stage, à améliorer la formation et les conditions d’exercice de leurs pairs.
Il y a également une maturité importante dans la compréhension des enjeux, notamment autour de la quatrième année d’internat. Personne ne connaît mieux sa réalité que les internes eux-mêmes. Notre responsabilité est de porter cette expertise de terrain.
Qu’est-ce que cette fonction vous a appris ?
Apprendre à représenter
Elle m’a appris le sens réel du mot « représenter ». À chaque prise de position, il ne s’agit pas de mon avis personnel, mais d’un travail collectif construit avec les représentants locaux.
L’ISNAR-IMG est devenue une structure incontournable, notamment parce que les internes de médecine générale représentent près de 40 % de l’ensemble des internes. Ils sont au cœur des territoires et au contact direct des patients. Cette légitimité repose sur l’ancrage dans la réalité du terrain.
Comment percevez vous la féminisation de la profession ?
Une profession féminisée, des instances représentatives
La médecine générale est largement féminisée depuis plusieurs années. Dans ma promotion, les femmes représentaient déjà près de 70 % des étudiants. Aujourd’hui, plus de la moitié des médecins en exercice sont des femmes.
Il est donc logique que les instances représentatives reflètent cette évolution. Être présidente s’inscrit dans une continuité : plusieurs femmes ont occupé cette fonction avant moi et ont contribué à structurer l’ISNAR-IMG.
Cette évolution influence-t-elle la gouvernance ?
Je ne crois pas qu’il existe une manière de gouverner propre à un genre. En revanche, les jeunes médecins attendent davantage de transparence et souhaitent comprendre les stratégies de santé. Ils sont informés, engagés et prêts à participer aux débats sur les droits et l’organisation des soins.
Quels sont aujourd’hui les principaux besoins des internes ?
L’accompagnement des internes : une priorité humaine
Le premier besoin est humain. La santé mentale des internes reste fragile, avec des niveaux de burn-out préoccupants. L’accompagnement moral et la bienveillance sont essentiels.
L’accompagnement professionnel est également déterminant : logement, mobilité, conseils pratiques, sécurisation du parcours. L’internat est une période de grande instabilité, avec des changements de stage et de lieu de vie tous les six mois.
Le partenariat exclusif entre l’ISNAR-IMG et Groupe Pasteur Mutualité vient d’être renouvelé. Qu’est-ce qu’il représente ?
C’est à la fois un engagement renforcé et une relation de confiance construite sur plusieurs décennies.
Le soutien du Groupe Pasteur Mutualité a contribué au développement de l’ISNAR-IMG, notamment en permettant l’organisation de son congrès national. Mais au-delà de l’aspect financier, il s’agit surtout d’un accompagnement constant, adapté à l’évolution de notre formation.
Les internes bénéficient de conseils, d’écoute et de formations en adéquation avec leurs besoins, dans un cursus qui évolue rapidement.
Quels avantages les internes retirent ils de ce partenariat avec Groupe Pasteur Mutualité ?
L’internat est un statut hybride : à la fois étudiant et professionnel de santé, avec une précarité réelle et des changements fréquents de situation.
S’appuyer sur un partenaire spécialisé dans l’accompagnement des professionnels de santé permet d’anticiper les étapes clés : responsabilités nouvelles, risques liés à la quatrième année, préparation à l’installation.
Avoir un interlocuteur qui comprend ces spécificités, qui suit les internes du deuxième au troisième cycle, puis jusqu’à l’installation, apporte une continuité rassurante. Dans un parcours où tout change rapidement, cette stabilité est précieuse.
Publié le 23/02/2026