État des lieux de la place des femmes dans les postes hospitalo-universitaires en France : évolutions et défis en 2024

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Depuis plusieurs années, la question de la féminisation des postes hospitalo-universitaires (HU) en France est au cœur des débats. En 2024, un bilan actualisé du Centre national de gestion, le département de gestion des praticiens hospitaliers confirme que malgré quelques progrès, ces fonctions restent majoritairement occupées par des hommes. La proportion de femmes PU-PH a progressé légèrement pour atteindre 24 %, tandis que celle des MCU-PH s’établit à 46 %, marquant une progression plus notable.
Une prédominance des femmes dans les études de santé mais contrastée suivant les métiers et les spécialités
Les femmes représentent une majorité des étudiants en médecine en France. En 2023, elles constituaient environ 64 % des effectifs en première année de médecine, selon la DREES. Dans les formations aux professions de santé non médicales et de sage-femme, cette proportion atteint 84 %.
Toutefois, ces chiffres généraux masquent des disparités significatives lors de l’internat, moment décisif pour le choix des spécialités :
- Les femmes sont largement majoritaires dans les spécialités comme la pédiatrie (environ 70 %) et la médecine générale (plus de 60 %).
- Les hommes dominent encore dans les disciplines techniques telles que la chirurgie (75 %) et l’anesthésie-réanimation (environ 65 %).
- Les spécialités médicales comme la cardiologie ou la radiologie présentent des proportions plus équilibrées, avec une part de femmes oscillant entre 30 et 40 %.
Cette répartition genrée des spécialités impacte directement la composition des postes hospitalo-universitaires. Les disciplines techniquement exigeantes, dominées par les hommes, sont aussi celles où les femmes peinent le plus à accéder aux fonctions HU.
Une évolution lente et contrastée selon les spécialités
Les chiffres du rapport 2024 montrent que la proportion de femmes parmi les PU-PH demeure faible, avec une augmentation modeste passant de 19 % en 2018 à 24 % en 2024, illustrant une progression encore insuffisante vers la parité.
Certaines spécialités médicales affichent des disparités notables :
- Spécialités techniques (chirurgie, anesthésie-réanimation) : ces domaines restent largement masculins, avec moins de 15 % de femmes PU-PH en 2023. Les carrières exigeantes, associées à des horaires irréguliers et à une forte compétition, sont identifiées comme des freins majeurs.
- Spécialités médicales (médecine interne, pédiatrie) : les femmes sont mieux représentées, atteignant jusqu’à 40 % des postes HU dans certains cas.
- Santé publique et recherche clinique : ces spécialités enregistrent une progression plus marquée, avec des femmes occupant jusqu’à 45 % des postes de MCU-PH.
Disparités géographiques : des écarts régionaux persistants
Le rapport met également en évidence des différences selon les régions. Les zones métropolitaines, en particulier l’Île-de-France, affichent une proportion plus élevée de femmes dans les postes hospitalo-universitaires, grâce à une plus grande concentration de facultés et d’établissements de recherche.
En revanche, dans les régions moins dotées en infrastructures universitaires, les chiffres sont nettement plus bas, avec certaines régions enregistrant moins de 18 % de femmes parmi leurs PU-PH en 2024. Par exemple, la Bourgogne-Franche-Comté et la Corse comptent moins de 20 % de femmes parmi leurs PU-PH. Cette disparité est attribuée à un manque de mobilité professionnelle et à des opportunités limitées pour les femmes.
Un paradoxe marquant : praticien hospitalier versus postes hospitalo-universitaires
Un paradoxe notable persiste : alors que les femmes représentent une majorité parmi les praticiens hospitaliers, leur accès aux postes hospitalo-universitaires reste très limité. En effet, 55 % des praticiens hospitaliers sont des femmes, ce qui démontre une forte féminisation de la base médicale. Cependant, cette présence diminue drastiquement lorsque l’on observe les postes de PU-PH et de MCU-PH, avec seulement 24 % de femmes PU-PH et 46 % de femmes MCU-PH en 2024. Ces chiffres soulignent un véritable frein dans l’accès aux postes hospitalo-universitaires.
Ce paradoxe met en lumière les obstacles structurels qui freinent l’évolution des carrières féminines vers les échelons les plus prestigieux du monde hospitalo-universitaire.
Obstacles structurels et culturels à la féminisation des postes hospitalo-universitaires
Plusieurs barrières systémiques freinent encore l’accès des femmes à ces fonctions prestigieuses :
- Critères de promotion : l’accent mis sur la recherche et les publications scientifiques pèse davantage sur les femmes, souvent confrontées à une double charge de travail, professionnelle et familiale. Par exemple, le témoignage d’une praticienne en santé publique illustre ces difficultés : « publier des articles tout en jonglant avec les responsabilités familiales est une lutte constante, alors que mes collègues masculins disposent souvent de plus de temps pour se consacrer à leur carrière universitaire. » De même, une chirurgienne candidate à un poste de PU-PH évoque le besoin de mentorat pour naviguer dans les attentes souvent implicites des comités de sélection.
- Pratiques de cooptation : la nomination à des postes HU repose encore largement sur des réseaux dominés par les hommes.
- Manque de modèles féminins : L’absence de figures féminines dans les postes de direction limite les aspirations des jeunes médecins femmes.
Mesures prises pour la féminisation des postes hospitalo-universitaires et impact limité
Depuis 2018, plusieurs initiatives ont été lancées pour améliorer la parité :
- La mise en place de quotas dans les concours HU : des quotas spécifiques ont été instaurés dans certains concours, visant à garantir qu’au moins 30 % des nominations annuelles concernent des femmes. Ces quotas s’appliquent à toutes les spécialités, bien que leur impact soit plus visible dans les disciplines comme la médecine générale et la santé publique.
- Des campagnes de sensibilisation sur les égalités professionnelles : ces campagnes ont été menées principalement auprès des instances décisionnelles, dont les PU-PH hommes, pour promouvoir un changement de mentalité. Des séminaires et des ateliers sur la diversité et l’inclusion ont été organisés dans les facultés de médecine et les CHU.
- Le mentorat et l’accompagnement des femmes candidates : des programmes de mentorat, souvent pilotés par des femmes PU-PH expérimentées, ont vu le jour. Ces initiatives comprennent des sessions de coaching individuel, des ateliers sur la préparation des concours HU et des groupes de discussion pour partager des bonnes pratiques. Par ailleurs, des réseaux professionnels féminins, tels que Femmes de Santé, ont renforcé ces efforts en offrant des ressources et un soutien dédié.
Toutefois, l’impact de ces mesures reste mitigé. Les taux de nomination des femmes progressent lentement. En 2024, les femmes représentent 34 % des nominations à des postes de PU-PH et 46 % à des postes de MCU-PH, contre respectivement 28 % et 38 % en 2018.
Des figures inspirantes pour changer la donne
Malgré ces constats, certaines femmes ont su briser le plafond de verre et s’imposer comme des modèles dans le monde hospitalo-universitaire. Ces exemples inspirants montrent que des changements systémiques peuvent être amorcés, en réduisant les barrières structurelles et en créant des opportunités pour une nouvelle génération de professionnelles. Ces parcours exemplaires mettent en lumière le potentiel des femmes dans ces fonctions :
- Agnès Buzyn : ancienne PU-PH en hématologie à l’hôpital Necker, elle a combiné une brillante carrière médicale avec des responsabilités de gestion, devenant ensuite ministre des Solidarités et de la Santé. Son parcours illustre l’importance d’un engagement féminin au plus haut niveau.
- Claire Mounier-Vehier : cardiologue de renom et PU-PH à Lille, elle est également engagée dans la lutte contre les inégalités de santé. Ses initiatives pour promouvoir les carrières féminines dans les spécialités techniques sont particulièrement remarquables.
- Karine Lacombe : infectiologue et chef de service à l’hôpital Saint-Antoine, elle est devenue une figure publique incontournable lors de la pandémie de Covid-19. Son influence médiatique et ses travaux académiques inspirent une nouvelle génération de femmes médecins.
Ces figures montrent qu’il est possible pour les femmes de réussir et d’être des modèles dans le milieu hospitalo-universitaire, malgré les obstacles systémiques.
Exemple d’initiative prise par le 1er collectif pluriprofessionnel de femmes
Femmes de Santé est le premier collectif pluriprofessionnel de femmes œuvrant dans le secteur de la santé en France. Ce réseau compte aujourd’hui plus de 2 600 membres, dont une cinquantaine d’hommes.
Composition et objectifs
Le collectif rassemble des professionnelles de divers horizons du secteur de la santé, notamment : Médecins, Infirmières, Dirigeantes, Patientes expertes, Aidantes, Cadres de santé, Étudiantes, Start-uppeuses, Pharmaciennes, Consultantes, Avocates, Secrétaires médicales et Psychologues.
Les principaux objectifs de Femmes de Santé sont :
- Co-construire un système de santé plus juste et égalitaire
- Faire avancer la santé par l’intelligence collective et la sororité
- Remettre l’humain au cœur du système de santé
Actions et initiatives
Le collectif mène plusieurs actions pour atteindre ses objectifs :
- Networking et entraide : une plateforme digitale privée permet aux membres de partager des annonces, des demandes d’aide et des offres d’emploi.
- Promotion de l’expertise féminine : le collectif organise des podcasts, des publications dans des revues, et tient une liste d’expertes prêtes à intervenir dans les médias.
- Mise en lumière des initiatives : chaque année, 13 femmes sont sélectionnées pour leurs initiatives de santé utiles et humaines.
- États Généraux : le collectif organise les premiers États Généraux de la place de la femme dans la santé.
- Réflexion collective : des moments d’échanges et de production intellectuelle sont organisés sur les grands sujets de santé.
Femmes de Santé a également rédigé une lettre ouverte demandant au gouvernement une Stratégie Nationale « santé de la femme », proposant notamment la création d’un Institut National de la Santé de la femme.
En 2024, le constat dressé en 2018 reste encore d’actualité : malgré les avancées réalisées, les postes hospitalo-universitaires demeurent majoritairement occupés par des hommes. Si certaines spécialités et régions montrent des signes d’amélioration, les obstacles structurels persistent.
Une action renforcée est nécessaire pour éliminer ces freins, notamment en revoyant les critères de promotion et en favorisant un équilibre travail-vie personnelle. Seule une approche globale permettra de réaliser une véritable parité dans le monde hospitalo-universitaire.
Publié le 03/03/2025